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Communiqués de presse Procédures spéciales

Repenser le progrès : une experte de l’ONU appelle à lutter contre la pauvreté au‑delà de la croissance et à étendre la protection sociale

25 juin 2026

GENÈVE – Il doit y avoir un changement fondamental dans les stratégies mondiales de lutte contre la pauvreté, en dépassant l’idée selon laquelle la « croissance » économique est la seule voie permettant d’éradiquer la pauvreté, a déclaré aujourd’hui la Rapporteuse spéciale sur l’extrême pauvreté et les droits humains, Elena Díaz Galán, en présentant au Conseil des droits de l’homme la Feuille de route pour l’éradication de la pauvreté au-delà de la croissance.

« Ce qui importe aux personnes vivant dans la pauvreté n’est pas une expansion économique abstraite, mais de réelles améliorations de leurs conditions de vie. La pauvreté est multidimensionnelle et vécue au quotidien ; elle ne peut être réduite à une question de revenu ni résolue par la seule croissance », a déclaré Díaz Galán.

Le rapport et la Feuille de route, préparés par l’ancien Rapporteur spécial sur l’extrême pauvreté et les droits humains, Olivier De Schutter, mettent en lumière le potentiel transformateur des stratégies nationales de lutte contre la pauvreté élaborées au moyen de processus véritablement participatifs. Lorsque les personnes en situation de pauvreté contribuent à définir les priorités, les politiques deviennent plus ambitieuses, plus réalistes et plus efficaces : elles répondent mieux aux besoins réels et sont davantage susceptibles d’améliorer les conditions de vie. En outre, ces stratégies renforcent la prise de décision démocratique et restaurent la confiance en plaçant les personnes les plus concernées au cœur de la conception des politiques publiques.

Plus fondamentalement, ces stratégies remettent en cause la croyance profondément ancrée selon laquelle la croissance économique est une condition préalable au progrès social. Les données montrent que le modèle actuel de croissance économique ne réduit pas systématiquement la pauvreté et contribue souvent à accentuer les inégalités.

Si la croissance économique demeure nécessaire, en particulier dans les pays à faible revenu, afin de financer les infrastructures et d’améliorer le niveau de vie, il est essentiel qu’elle soit soigneusement orientée afin de ne pas aggraver les inégalités ni accélérer la dégradation de l’environnement.

À l’inverse, les stratégies nationales de lutte contre la pauvreté peuvent fournir un cadre de gouvernance permettant de dépasser ce paradigme, en réorientant les décisions vers le bien-être, l’égalité et la durabilité.

La « Feuille de route pour l’éradication de la pauvreté au-delà de la croissance », fruit d’un processus collaboratif sans précédent ayant duré plus de 18 mois et mobilisé plus de 400 contributeurs, notamment des gouvernements, syndicats, organisations de la société civile, universitaires et agences des Nations Unies — constitue un plan d’action complet assorti de propositions politiques concrètes. Présentée aujourd’hui au Conseil des droits de l’homme, la Feuille de route examine comment lutter contre la pauvreté et les inégalités d’une manière bénéfique aux titulaires de droits sans mettre la planète en danger.

La Feuille de route élargit la boîte à outils politique au-delà du modèle traditionnel « croissance–fiscalité–transferts », en intégrant la redistribution aux réformes de marché et à l'investissement social pré-marché, et en proposant des mesures pratiques pour construire des économies qui privilégient les droits de l'homme et répondent aux besoins essentiels dans les limites planétaires. Elle considère également que la redéfinition des relations économiques internationales — notamment à travers une plus grande justice en matière de dette et un financement international accru de la protection sociale — est une condition nécessaire pour permettre aux pays en développement, et en particulier aux pays à faible revenu, d’adopter des modèles de croissance moins extractifs et moins exploitants.

« La pauvreté n’est pas inévitable : elle résulte de choix politiques. Y mettre fin exige une participation démocratique, du courage politique et une redéfinition du progrès lui-même. Nous n’avons d’autre choix que de reconsidérer les modèles économiques et financiers que nous utilisons. Ils accentuent les inégalités et alimentent la triple crise planétaire que sont le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution » ont déclaré les experts.

« La Feuille de route offre une voie claire pour l’avenir : une voie qui place les personnes — et non le PIB — au centre du développement et de la lutte contre la pauvreté. »

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