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Communiqués de presse Haut-Commissariat aux droits de l’homme

Selon un rapport de l’ONU, la situation des droits humains au Myanmar atteint un nouveau seuil critique face aux violations incessantes et à l’exploitation non réglementée des ressources naturelles

25 août 2026

© AFP
© AFP

GENÈVE – La situation des droits humains au Myanmar, en particulier celle des communautés minoritaires, a atteint un nouveau seuil critique, notamment en raison des violences de plus en plus brutales subies par la population rohingya et des effets dévastateurs des économies illicites, y compris l’exploitation minière illégale des terres rares, selon un nouveau rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

Ce rapport décrit comment la violence incessante et une économie de guerre agissent de concert pour plonger les populations civiles dans une détresse indicible. Il couvre la période allant du 1er juin 2025 au 31 mai 2026.

« La quête incessante de contrôle et de légitimité menée par l’armée n’a fait qu’aggraver la souffrance et les multiples problèmes en matière de protection et d’aide humanitaire mettant en danger les civils », peut-on lire dans le rapport. « Les tactiques militaires visant à semer la peur et exercer un contrôle, facilitées par l’utilisation de nouvelles technologies pour étendre la surveillance, imprègnent tous les aspects de la vie. »

Soulignant les actes de violence militaire commis contre la population civile, le rapport note le recours persistant aux frappes aériennes, aux incendies criminels, aux déplacements et au refus d’apporter une aide. Il détaille également la commission, tant par l’armée du Myanmar que par l’Armée arakanaise, de violations et d’atteintes généralisées et systématiques contre les Rohingya, neuf ans après les terribles violences perpétrées en 2017 qui ont forcé des centaines de milliers de Rohingya à fuir.

« Dans tout le nord de l’État rakhine, l’Armée arakanaise a procédé à des arrestations arbitraires, à des actes de torture, à des violences sexuelles et fondées sur le genre, à des disparitions forcées, au travail forcé et au recrutement, à la confiscation illégale de terres et de propriétés résidentielles, ainsi qu’à la destruction de villages et de sites religieux et culturels, provoquant un nouveau déplacement des Rohingya », indique-t-il.

« Les enfants sont systématiquement exploités comme main-d’œuvre, des témoins décrivant des enfants âgés d’à peine 6 ans défrichant la jungle, construisant des bâtiments et effectuant des tâches subalternes pour des familles de l’État rakhine. Dans un cas, un enfant a été forcé de ramasser les os et les crânes des victimes d’un massacre. »

Les personnes interrogées ont fait état d’arrestations et de détentions de Rohingya qui tentaient d’échapper au recrutement forcé. Ils ont mentionné que certaines filles rohingya recourraient au mariage précoce dans l’espoir que les filles mariées soient moins susceptibles d’être recrutées de force. « Les personnes ayant été détenues ont déclaré avoir été régulièrement victimes de mauvais traitements. D’anciens détenus ont notamment décrit avoir été passés à tabac à coups de bambou, de tuyaux en caoutchouc et de ceintures ; avoir été brûlés avec des allumettes et des cigarettes ; avoir été suspendus la tête en bas et tournés jusqu’à perdre conscience ; se faire appliquer du piment sur les organes génitaux ; et se faire arracher les ongles », explique le rapport.

Selon ce dernier, l’absence de l’état de droit à travers le Myanmar a favorisé les économies illicites dans le pays, contribuant à financer le conflit et à aggraver la crise, et ayant des répercussions sur l’ensemble de la région. Les crises liées aux droits humains continuent de se multiplier en raison de l’augmentation de l’exploitation minière illicite, de la production de drogue, de la traite des êtres humains et des centres d’escroquerie.

Le rapport indique également que l’effondrement économique et les déplacements dus au conflit ont par ailleurs généré un marché du travail que les acteurs économiques et les organisations criminelles peuvent facilement exploiter. Les civils sont par conséquent pris dans l’engrenage d’un système marqué par d’innombrables violations des droits humains et atteintes à ces derniers.

L’exploitation non réglementée des ressources naturelles a détruit l’environnement, les moyens de subsistance et les systèmes locaux traditionnels dans un nombre croissant de régions du pays, en particulier dans les zones minoritaires.

Le rapport révèle en outre que les économies illicites et l’extraction de terres rares dans les États kachin et shan ont renforcé l’expansion des réseaux criminels transnationaux, les pratiques commerciales irresponsables et des cas graves de contamination environnementale transfrontalière. Des images satellites ont confirmé que l’État kachin restait la principale zone minière : il compte 302 nouveaux sites depuis 2021, ce qui représente une augmentation de 149 %. Dans l’État shan, le nombre de sites est passé de 12 avant le coup d’État à 85 après celui-ci.

Malgré le peu d’archives officielles à disposition, les résultats indiquent un pic des flux commerciaux en 2023 atteignant 1,4 milliard de dollars des États-Unis, selon le rapport.

Des enquêtes financières ont mis en lumière un réseau complexe entre plusieurs acteurs et entités qui ont favorisé des gains illicites en toute impunité, peut-on y lire.

D’énormes volumes d’agents de lixiviation dangereux et d’eaux de ruissellement minières toxiques s’écoulent directement dans les cours d’eau locaux, entraînant une grave pollution chimique transfrontalière. « La contamination de l’environnement a eu des répercussions sur la santé maternelle et procréative, les efforts de documentation locale confirmant la forte augmentation du nombre de fausses couches, d’hémorragies graves pendant la grossesse, l’accouchement ou après l’accouchement, et de complications de la grossesse attribuées à l’exposition aux métaux lourds et aux produits chimiques », souligne le rapport.

Le manque de débouchés économiques, les déplacements et la conscription forcée ont également provoqué un afflux de femmes dans le secteur minier. « Cela a aggravé les risques de violence sexuelle et de harcèlement de la part des superviseurs, des gardes et des membres de la milice qui opéraient en toute impunité », indique-t-il.

Le rapport met également en lumière l’absence de normes en matière de santé et de sécurité au travail. « Sans connaissances ni équipement, nos interlocuteurs ont déclaré que les travailleurs développaient des symptômes tels qu’une détresse respiratoire aiguë, de graves maux de tête, des brûlures chimiques et des maladies gastro-intestinales », indique le texte. « Une exposition prolongée a entraîné l’accumulation d’agents toxiques, conduisant à des maladies chroniques des poumons, des reins et du foie. »

Les eaux usées toxiques provenant des bassins de lixiviation déversées directement dans les terres agricoles en aval ont également rendu le sol stérile ou ont considérablement affecté le rendement et la qualité, réduisant ainsi les revenus des agriculteurs, mentionne-t-il.

« Ce rapport dresse un tableau déchirant de la souffrance, de la misère et de la cruauté à plusieurs niveaux et à travers tout le pays », a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Volker Türk.

« J’appelle tous les États, toutes les entreprises et tous les investisseurs à réfléchir profondément à leurs actions, ou à leur inaction. Ils doivent se demander : est-ce juste et équitable pour le peuple du Myanmar ? Les atteintes à la société et à l’environnement causées par leurs activités peuvent-elles même être inversées ? Leur réputation et crédibilité sont en jeu. »

Pour plus d’informations et pour toute demande de la part des médias, veuillez contacter :

À Genève
Ravina Shamdasani : ravina.shamdasani@un.org
Shabia Mantoo : shabia.mantoo@un.org
Marta Hurtado : marta.hurtadogomez@un.org


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