Déclarations et discours Plusieurs mécanismes
Déclaration de Volker Türk sur les femmes dans le sport : « il est temps d’assurer l’égalité des chances sur le terrain »
16 juillet 2025
Prononcé par
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme
À
Dialogue sur le travail décent et l’organisation responsable d’événements dans le sport féminin
Lieu
Genève, Suisse
Chers invité·e·s,
Chers ami·e·s,
Je vous remercie de m’avoir invité à prendre la parole devant vous aujourd’hui.
L’enthousiasme autour de l’Euro féminin de l’UEFA ici à Genève se fait sentir. La Norvège joue contre l’Italie ce soir, et je suis sûr que nous serons nombreux à regarder le match !
Ces dernières années, le sport féminin, du football au tennis, en passant par la natation, le cyclisme, le basket-ball et bien d’autres encore, a atteint des niveaux records de visibilité et d’attention à l’échelle mondiale.
Le sport féminin peut également contribuer à stimuler nos économies. La Coupe du monde féminine de la FIFA de 2023 a été suivie par deux milliards de personnes et a contribué à hauteur de près de 1,9 milliard de dollars au PIB mondial.
Cet intérêt mondial croissant suscite également des débats importants sur les dynamiques de pouvoir, les stéréotypes et l’inclusion dans le sport.
Car nous sommes encore bien loin de l’égalité des chances sur le terrain.
L’écart de rémunération entre les hommes et les femmes est flagrant dans le sport. Selon la FIFA, une joueuse ne gagne en moyenne que 10 900 dollars par an, tandis que les clubs de haut niveau versent en moyenne 24 000 dollars. En revanche, les footballeurs professionnels masculins gagnent un salaire moyen d’environ 1,8 million de dollars dans les clubs de haut niveau. Faute de revenus stables, les femmes sont contraintes d’accepter d’autres emplois, ce qui leur laisse moins de temps et d’énergie pour se consacrer aux entraînements et s’améliorer.
Les femmes sont largement sous-représentées dans la direction des clubs, des fédérations sportives et des organes directeurs. Selon une étude réalisée en 2023, les femmes ne présidaient que trois des 31 plus grandes fédérations internationales.
Le congé de maternité, qui est essentiel pour de nombreuses femmes qui se lancent dans une carrière sportive, est souvent négligé dans les sports féminins, ce qui freine les athlètes féminines et les oblige à trouver un autre emploi.
Les femmes athlètes ont souvent moins d’opportunités et bénéficient de beaucoup moins d’attention de la part des médias par rapport à leurs homologues masculins.
Les femmes LGBTIQ+, les femmes portant le foulard, les femmes issues de groupes raciaux ou ethniques marginalisés et les femmes handicapées sont confrontées à une discrimination constante dans le sport, et ont souvent accès à peu de mécanismes pour demander réparation.
Certaines règles d’éligibilité obligent ou poussent les athlètes féminines à passer des tests invasifs et à suivre des traitements médicalement inutiles, sous peine d’être exclues du sport féminin. Les athlètes féminines d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud sont touchées de manière disproportionnée.
Les athlètes féminines d’ascendance africaine, en particulier celles connues du grand public, sont souvent la cible de discriminations, de discours haineux et d’abus, en ligne comme hors ligne, voire de violences, qui sont ancrés dans des récits sexistes, racistes et coloniaux. Nous célébrerons ce mois-ci la première Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine, qui, je l’espère, sera l’occasion d’attirer l’attention sur ces défis.
Chers participants et participantes,
Collectivement, nous devons éliminer les barrières et les attitudes patriarcales qui limitent les progrès des femmes dans le sport.
Nous devons construire un monde du sport dans lequel les femmes et les filles, dans toute leur diversité, sont valorisées, visibles et rémunérées sur un pied d’égalité.
C’est aux États qu’il incombe en premier lieu d’en faire une réalité. Cela implique l’adoption de lois et de politiques antidiscriminatoires complètes. La collecte de données ventilées selon la race ou l’origine ethnique, le sexe, le genre, l’âge et d’autres facteurs peut contribuer à mettre en évidence les formes de discrimination croisée et à orienter les mesures prises pour lutter contre ces dernières.
Les États doivent adopter des mesures ciblées pour prévenir la violence et le harcèlement dans le sport, et veiller à ce que ces actes fassent l’objet d’enquêtes et que leurs auteurs soient traduits en justice.
Ils doivent également investir dans l’éducation sportive des filles, un outil essentiel pour faire progresser l’égalité des genres.
Les entreprises du monde du sport ont également un rôle crucial à jouer. Je me réjouis que certaines fédérations améliorent les conditions des joueuses, par exemple en adoptant des accords d’équité salariale, en offrant des congés de maternité et d’adoption, et en garantissant le partage des recettes pour les athlètes.
Il faut multiplier les initiatives de ce type et mettre en place des politiques de tolérance zéro à l’égard du racisme et de toutes les formes de discrimination dans le sport.
Les entreprises du secteur du sport, y compris celles qui organisent des manifestations sportives de grande envergure, doivent également s’efforcer d’aligner leurs activités sur les Principes directeurs des Nations Unies relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme. Pour cela, elles doivent faire preuve de diligence raisonnable pour déterminer la manière dont leurs activités peuvent affecter les droits des femmes tout au long de la chaîne de valeur, et trouver des moyens de réduire les risques et de prévenir les préjudices.
Les médias peuvent également être bénéfiques, en augmentant la couverture des sports féminins, en fournissant des informations éthiques et précises et en relayant des histoires de réussite.
Le sport peut être le moteur d’un changement social, ce qui est plus que nécessaire dans le monde polarisé d’aujourd’hui, et il peut inspirer et promouvoir l’équité, le respect et l’égalité des chances pour tous et toutes.
Ensemble, défendons un monde sportif où les femmes et les filles peuvent s’épanouir.