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Communiqués de presse Haut-Commissariat aux droits de l’homme

Mali : Türk déplore la suspension indéfinie des élections et l'intensification de la répression contre la société civile

04 septembre 2025

AFP
© AFP

GENÈVE – Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a mis en garde jeudi contre une nouvelle détérioration de la situation des droits humains au Mali, dans un contexte de reculs démocratiques croissants, d'insécurité grandissante et de répression à l'encontre de la société civile.

Cela fait cinq ans depuis que l’armée a renversé en août 2020 le président civil démocratiquement élu.

Le 8 juillet, le président de transition a promulgué une loi prévoyant que les mandats présidentiels soient renouvelables sans élections « autant de fois que nécessaire, jusqu’à la pacification du pays ». Un autre décret présidentiel, le 13 mai, avait dissout tous les partis politiques et « les organisations à caractère politique ».

« Ces changements juridiques ont fermé la porte à toute élection démocratique au Mali dans un avenir prévisible, en violation du droit de tout citoyen de participer aux affaires publiques, de voter et d'être élu au cours de véritables élections périodiques. Ils doivent être rapidement abrogés », a déclaré Türk.

« Les lois adoptées ces derniers mois risquent de compromettre le respect des droits humains au Mali pendant longtemps. J'exhorte les autorités de transition à prendre des mesures concrètes et immédiates pour abroger ces lois problématiques », a-t-il ajouté.

Ces revirements interviennent alors que les autorités maliennes continuent de faire face à de violentes attaques par des groupes armés tels que Jama'at Nusrat al-Islam wal Muslimin (JNIM), lié à Al-Qaïda, et l'« État islamique - Province du Sahel ». Ces groupes armés ont intensifié leurs attaques et continuent de tuer, blesser et enlever des civils, de les menacer et de les intimider, ainsi que de détruire ou piller leurs biens.

Les troupes maliennes, soutenues par le personnel militaire étranger de l’ “Africa Corps” (anciennement « Groupe Wagner »), ont également commis de graves violations à l'encontre de civils dans le cadre de leur riposte à l'insurrection islamiste. Des informations crédibles obtenues récemment par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme montrent que depuis avril seulement, des centaines d'exécutions extrajudiciaires, d'arrestations et de détentions arbitraires, de disparitions forcées et d'autres enlèvements ont été commis par toutes les parties.

Le 1er août, l'ancien premier ministre Moussa Mara a été arrêté après avoir publié un tweet dans lequel il déclarait sa « solidarité indéfectible avec les détenus d’opinion », à la suite de ses visites à plusieurs personnalités politiques et dirigeants de la société civile en détention. Avant son arrestation, il s'était également exprimé sur d'autres questions d'intérêt public, y compris la décision de suspendre indéfiniment les élections présidentielles, qu'il avait qualifiée de « signal inquiétant de la part des autorités ».

Un nombre croissant de journalistes et de défenseurs des droits humains ont également été enlevés ou détenus arbitrairement depuis le second coup d'État de mai 2021.

« L'augmentation marquée du nombre d'arrestations de Maliens issus de tous les milieux de la société, sur la base d'accusations générales d'atteinte à la crédibilité de l'État – simplement pour avoir exprimé leurs opinions – est profondément préoccupante », a déclaré Türk, appelant à la libération immédiate et inconditionnelle de toutes les personnes détenues arbitrairement. « Il faut mettre fin sans délai à cette instrumentalisation de la loi contre l'expression de la dissidence », a-t-il ajouté.

Le Haut-Commissaire a également appelé à ce que toutes les attaques contre des civils fassent l'objet d'enquêtes rapides, approfondies et impartiales, et que les responsables soient traduits en justice conformément aux normes internationales relatives aux droits humains.

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