Skip to main content

Déclarations et discours Plusieurs mécanismes

Le Haut-Commissaire lance l’appel de fonds pour 2025 : « les droits humains doivent faire partie des priorités absolues dans le monde entier »

30 janvier 2025

Prononcé par

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Lieu

Genève

Excellences, Mesdames et Messieurs les délégués,

J’ai le plaisir de vous accueillir aujourd’hui, à Genève et en ligne, pour lancer notre appel de fonds pour 2025.

L’année a pour nous démarré sur les chapeaux de roue : nous avons fait campagne pour la protection des droits humains, signalé des atteintes et des violations, soutenu des gouvernements dans leurs efforts de réforme et trouvé des moyens plus efficaces de tirer le meilleur parti de nos ressources.

Je reviens de Syrie et du Liban, où d’importants changements sont en cours. Ce fut une visite très émouvante, la première d’un Haut-Commissaire aux droits de l’homme dans le pays, et une démonstration claire de la valeur de notre travail.

Le HCDH surveille et recense les graves violations des droits humains et atteintes à ces droits en Syrie depuis près de 14 ans. Nos rapports seront déterminants pour établir les responsabilités. Notre présence est plus que jamais essentielle pour soutenir la justice transitionnelle, le processus de relèvement, les réformes et la construction d’un avenir meilleur pour le peuple syrien.

Au Liban, alors que le pays entre dans une nouvelle phase, les droits humains seront au cœur des réformes visant à résoudre les problèmes sociaux et politiques chroniques. Ma rencontre avec le nouveau Premier Ministre et le nouveau Président a été très encourageante, de même que leur détermination à mettre en avant les droits humains dans les conversations que nous avons eues avec eux.

De Gaza à la République démocratique du Congo, en passant par l’Ukraine, le Soudan ou encore le Myanmar, le HCDH a, au cours de l’année écoulée, tiré la sonnette d’alarme sur de graves violations et atteintes, mis en garde contre les risques d’escalade et demandé à de nombreuses reprises de mettre fin à la mort et à la souffrance des civils.

Nous avons également aidé les États, les institutions nationales, les organismes régionaux, le système des Nations Unies au sens large et le secteur privé à obtenir de meilleurs résultats en intégrant les droits humains dans leurs activités.

Durant les conflits et en temps de paix, dans les pays en développement comme dans les économies avancées, des griefs historiques aux risques émergents, nous défendons l’humanité.

Excellences, Mesdames et Messieurs les délégués,

En ce qui concerne nos accomplissements, nous pouvons citer plusieurs exemples importants :

En 2024, les activités de plaidoyer du HCDH ont contribué à la libération de 3 145 personnes détenues arbitrairement.

Nos 2 000 employés travaillant dans 92 pays ont entrepris quelque 11 000 missions de suivi de la situation des droits humains et observé près de 1 000 procès. Ce travail de suivi nécessitant leur présence, ils ont donc également un effet préventif important en veillant à ce qu’aucune violation ne se produise.

Au total, ils ont enregistré environ 15 000 situations de violations des droits humains à travers le monde, à l’aide d’une méthodologie rigoureuse que nous utilisons dans tous les lieux où nous travaillons.

Nous avons soutenu plus de 10 000 survivants de formes contemporaines d’esclavage, et plus de 49 000 survivants de la torture et leurs familles.

Plus d’une centaine de centres de détention et de prisons ont fait état d’améliorations grâce à notre travail.

Le personnel du HCDH a soutenu des projets en adoptant des approches fondées sur les droits humains dans les domaines de la fiscalité et des dépenses publiques, et ce du Cambodge à la Jordanie, en passant par la Serbie.

En outre, conformément à notre initiative visant à promouvoir une économie axée sur les droits humains, nous avons contribué à 166 analyses de pays des Nations Unies, à 11 plans nationaux de développement et à 83 projets visant à soutenir le développement inclusif. Cette démarche s’inscrit dans nos efforts d’intégration des droits humains et notre travail avec les équipes de pays des Nations Unies.

Au Bangladesh, nous avons soutenu la transition démocratique en envoyant une équipe pluridisciplinaire, à la demande du gouvernement provisoire, pour mener des enquêtes sur les droits humains. Nous apportons également notre soutien aux processus d’établissement des responsabilités et de réforme en cours.

Au Belize, notre personnel soutient les efforts visant à mettre en place une institution nationale des droits humains.

Au Libéria, avec notre soutien technique et financier, le Gouvernement a lancé son plan d’action national sur les entreprises et les droits de l’homme, le quatrième sur le continent africain après le Kenya, l’Ouganda et le Nigéria.

En Haïti, dans le cadre du mécanisme de respect des droits humains, nous avons conseillé la Mission multinationale d’appui à la sécurité.

Dans certains de ces pays, nos collègues sont confrontés à de graves problèmes de sécurité. Au Yémen, huit membres de mon personnel sont détenus arbitrairement. Comme vous le savez, d’autres membres du personnel d’organismes des Nations Unies et d’organisations non gouvernementales sont également détenus, et d’autres ont été arrêtés la semaine dernière. Il est essentiel que nous continuions à exiger leur libération immédiate et inconditionnelle, ainsi que celle de toutes les personnes détenues arbitrairement au Yémen.

Partout dans le monde, nos bureaux de pays travaillent quotidiennement avec les gouvernements pour qu’ils renforcent leurs capacités en matière de droits humains dans le cadre de programmes qui améliorent les conditions de vie. Au Pérou, par exemple, notre mission technique apporte des changements dans des domaines allant de la gestion des migrations à la protection des défenseurs des droits humains ; des droits des travailleurs aux violences sexuelles contre les enfants.

Ici au siège, nous avons pris des mesures concrètes pour mieux soutenir nos opérations dans le monde entier, notamment par la création d’un service de renseignements et par une meilleure utilisation des technologies numériques.

Notre centre d’innovation et d’analyse, créé l’année dernière, a permis de fournir des données adaptées et de renforcer le suivi pour plus de 60 de nos bureaux nationaux et régionaux.

Nous avons aussi continué de promouvoir les traités qui constituent la base du droit international des droits de l’homme, notamment grâce à l’initiative « Droits humains 75 ». Notre campagne de ratification, lancée en 2023, a donné lieu à 38 nouvelles ratifications et 41 autres sont en attente, renforçant ainsi le cadre juridique des droits humains dans le monde entier.

Excellences, Mesdames et Messieurs les délégués,

En 2025, avec votre soutien, nous poursuivrons ce travail essentiel.

Nos efforts pour renforcer nos opérations, nos processus de travail et notre culture organisationnelle au niveau mondial avancent bien, ce qui nous permet de travailler de manière plus efficace et effective, avec une orientation stratégique claire face aux défis qui se présentent.

L’un de nos principaux objectifs est de redynamiser le soutien mondial aux droits humains, en rassemblant les gouvernements, la société civile, le secteur privé, les organisations philanthropiques, la communauté scientifique, le monde universitaire et bien d’autres encore. Les droits humains s’appliquent à tout le monde et tous les secteurs de la société sont concernés.

Parmi les autres domaines d’action, nous pouvons citer le renforcement des mesures d’alerte rapide concernant les violations et les atteintes qui peuvent précéder les crimes graves, notamment par le biais de l’Examen périodique universel et des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme ; la promotion d’une économie centrée sur les droits humains qui rend les droits de la population essentiels dans les budgets nationaux ; la promotion de l’inclusion et de l’égalité ; la promotion d’une action climatique et environnementale qui protège les droits des peuples ; et l’application de la perspective des droits humains au développement des technologies numériques.

Nos projets nous permettront de mieux remplir notre mandat universel, y compris au niveau régional, notamment par l’intermédiaire de nos nouveaux bureaux multipays de Nairobi et de Sarajevo.

En 2025, l’une des priorités sera d’intégrer les droits humains afin de mettre en œuvre le Pacte numérique mondial adopté l’année dernière dans le cadre du Pacte pour l’avenir. Nous prévoyons de mettre en place un service de conseil en matière de droits humains sur les technologies numériques, afin de répondre aux nombreuses demandes des équipes de pays, du secteur privé et d’autres acteurs, qui souhaitent obtenir des conseils sur la manière d’ancrer l’IA et la gouvernance des technologies numériques dans les droits humains.

En 2025, nous ne nous attendons pas à un recul des défis majeurs en matière de droits humains.

Les anciens conflits se poursuivent tandis que d’autres éclatent, avec quelques lueurs d’espoir, comme je l’ai mentionné ; l’urgence climatique est de plus en plus destructrice ; les inégalités se creusent dans de nombreuses régions ; et les gens luttent pour accéder aux services essentiels. Au niveau mondial, la technologie numérique progresse à toute allure sans les garde-fous nécessaires, tandis que les plateformes de médias sociaux mal réglementées permettent aux contenus abusifs et à la désinformation nuisible de prospérer.

L’humanité en sort perdante, car les normes relatives aux droits humains sont affaiblies, menaçant des décennies de progrès. Nous ne pouvons pas nous permettre que les pays tournent le dos aux solutions multilatérales au moment même où elles sont le plus nécessaires.

Les solutions à de nombreux conflits et crises actuels nécessitent un plus grand respect des droits humains, et non pas moins ; les principes d’égalité, de solidarité et de notre humanité commune ; le renforcement de l’état de droit et l’établissement des responsabilités des auteurs de crimes.

Les droits humains sont un investissement peu coûteux et à fort impact pour mobiliser la population en faveur de la paix, de la sécurité et du développement durable, et pour construire une cohésion sociale s’appuyant sur les contributions de chaque individu dans chaque communauté. Toutefois, le financement des droits humains, qui représente moins de 5 % du budget ordinaire total des Nations Unies, demeure inadéquat.

L’année dernière, nous avons demandé 500 millions de dollars. Sur ce total, nous avons obtenu 269 millions de dollars, soit 4 % de moins qu’en 2023, ce qui nous a obligés à puiser dans nos réserves pour passer l’année.

Nous sommes très reconnaissants aux 95 partenaires qui nous ont soutenus, dont 67 États Membres, et nous espérons que votre engagement se poursuivra et sera encore plus fort en 2025. J’encourage chaque État à contribuer à cette cause par tous les moyens disponibles.

Cette année encore, nous avons besoin de 500 millions de dollars de ressources extrabudgétaires, en plus de notre allocation au titre du budget ordinaire de l’ONU, qui connaît ses propres problèmes de liquidités.

J’ai bien peur que si nous n’atteignons pas nos objectifs de financement en 2025, les habitants de tous les pays que j’ai mentionnés, et de bien d’autres encore, auront du mal à s’en sortir, voire échoueront, sans soutien adéquat.

Des personnes qui devraient être libres risquent de rester en prison.

Les gouvernements risquent de continuer à appliquer des politiques dépassées et discriminatoires, dans des domaines tels que l’éducation, l’emploi, le logement ou encore la santé. Cela risque d’alimenter les divisions, le mécontentement et les griefs, semant ainsi les graines de la violence.

Les femmes et les filles risquent de passer à côté de certaines opportunités, ignorées par le monde entier.

Des violations et des atteintes risquent de ne pas être signalées, provoquant des lacunes en matière de responsabilité et une impunité accrue.
Les défenseurs des droits humains et les acteurs de la société civile risquent de perdre le peu de protection dont ils disposent.

En bref, des vies sont en jeu si nous n’investissons pas dans les droits humains.

Nous devons tout mettre en œuvre pour obtenir les ressources nécessaires afin de poursuivre notre travail essentiel, y compris par l’intermédiaire de donateurs et de lignes de financement non traditionnels.

Dans ce monde divisé et polarisé, les droits humains revêtent une importance encore plus grande et doivent faire partie des priorités absolues dans le monde entier.

Cela doit se refléter dans le financement des droits humains, en fonction de leurs mérites propres.

Les droits humains sont aussi, bien sûr, un élément essentiel de la paix et de la sécurité, du développement durable et de l’action humanitaire, et notre financement doit le refléter.

Avec l’investissement dont nous avons besoin, le HCDH sera en mesure de renforcer et de maintenir sa présence à travers le monde, d’améliorer son soutien aux institutions nationales, de reformer les processus et mécanismes relatifs aux droits humains, de faciliter son engagement technique avec les États Membres et de renforcer sa réponse aux crises.

Le système international des droits humains apporte de réels progrès partout dans le monde.

Il est le fondement de sociétés fortes et durables dans lesquelles les individus sont valorisés et peuvent poursuivre leurs aspirations.

C’est avec une profonde gratitude pour ce que vous avez fait que j’appelle à un soutien continu et renforcé en 2025, afin que nous puissions protéger et promouvoir tous les droits, dans l’intérêt de toutes les personnes, communautés et sociétés partout dans le monde.

Je vous remercie et je reste à l’écoute de vos réactions et commentaires.