Déclarations et discours Plusieurs mécanismes
Pour Volker Türk, l’objectif ultime pour les droits humains est de garantir une plus grande liberté
15 juin 2026
Bilan de la situation mondiale du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Volker Türk à la 61e session du Conseil des droits de l’homme 27/02/2026 © HCDH
Prononcé par
Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme
À
Bilan de la situation mondiale à la 62e session du Conseil des droits de l’homme
Lieu
Genève
Monsieur le Président, Excellences, Mesdames et Messieurs les représentants,
La lutte pour les droits humains est faite d’énormes progrès suivis de reculs.
D’avancées et de pertes.
De pas en avant, en arrière et de côté.
Mais l’objectif est clair : en définitive, elle vise à une plus grande liberté.
Ce bilan de la situation mondiale est un aperçu d’une mosaïque complexe qui dépasse les idées binaires du bien et du mal, des alliés et des ennemis.
Il est clair que nous sommes confrontés à des défis de taille dans le domaine des droits humains. Une attaque sans précédent et éhontée contre le droit international cause des souffrances humaines atroces. Nous devons dénoncer cette situation, partout et toujours, et nous employer à la contenir et à y mettre fin.
Par ailleurs, les rouages du travail mené dans le domaine des droits humains assurent jour après jour la sécurité, la dignité et la liberté de millions de personnes.
Loin des gros titres, les droits humains améliorent les conditions de vie, apaisent les divisions et créent des possibilités. La Déclaration universelle et les principaux traités sont plus importants que jamais. Sans surprise, lorsqu’on leur pose la question, une écrasante majorité de personnes réclame davantage de droits humains, et non pas moins.
Je n’oublierai jamais les paroles de la lauréate du prix Nobel Toni Morrison : « La fonction très grave du racisme est la distraction. »
Ne nous laissons pas distraire.
Poursuivons notre travail pour promouvoir et protéger les droits humains, et faisons tout notre possible pour renforcer leurs fondements juridiques.
Un accord mondial, la Convention contre les mines antipersonnel, a permis à lui seul de réduire le bilan de ces armes odieuses de plus de 75 % entre 1999 et le début des années 2020.
De nombreux auteurs d’atrocités criminelles n’auraient jamais été poursuivis sans les efforts entrepris dans le domaine des droits humains.
Les droits humains doivent être au cœur des enjeux pressants d’aujourd’hui, de la crise climatique aux directives sur l’intelligence artificielle, de l’épidémie d’Ebola à la Coupe du monde masculine.
J’encourage les dirigeants du G7 qui se réunissent de l’autre côté du lac à placer les droits humains au cœur de leurs discussions, en tant que force au service de la stabilité et du progrès.
Monsieur le Président,
Je salue l’annonce faite selon laquelle les États-Unis et l’Iran ont convenu d’un accord de paix prévoyant un cessez-le-feu immédiat et permanent, la réouverture du détroit d’Ormouz, ainsi qu’un cadre pour des négociations plus poussées. Le conflit a eu des effets dévastateurs sur les droits humains dans toute la région et dans le monde entier.
Ces derniers mois ont montré que les profondes différences dans la région ne pouvaient pas être résolues par des moyens militaires.
Je déplore le recours à la force contre l’Iran par Israël et les États-Unis, qui aurait provoqué la mort de milliers de civils, dont des centaines d’enfants, et la destruction d’hôpitaux, d’écoles, d’habitations et d’autres infrastructures. Je demande à nouveau que les résultats de l’enquête américaine sur l’attaque horrible contre l’école de Minab soient rendus publics.
Les attaques de l’Iran contre les infrastructures civiles dans les pays du Golfe et en Jordanie, ainsi que son blocus du détroit d’Ormouz, sont totalement inacceptables. Le blocus a eu des conséquences désastreuses sur l’économie mondiale, sur l’acheminement de l’aide humanitaire et sur pour les plus vulnérables, dont quelque 20 000 gens de mer. La Haute-Commissaire adjointe interviendra sur cette question plus tard dans la journée.
Je suis profondément préoccupé par le sort des personnes en Iran, piégées entre la guerre et une répression cruelle. Après avoir tué des milliers de personnes lors de la répression brutale des manifestations en janvier de cette année, les autorités ont intensifié leur répression brutale, arrêtant des milliers de personnes et imposant des restrictions encore plus strictes à l’espace civique. Elles ont exécuté au moins 40 personnes cette année pour des raisons de sécurité nationale, dont 18 manifestants.
Monsieur le Président,
En cette période de fragilité, il est clair que toutes les parties doivent faire preuve de la plus grande retenue et travailler à mettre en œuvre cet accord rapidement et de bonne foi.
À Gaza, les forces israéliennes ont tué près d’un millier de Palestiniens depuis l’annonce du cessez-le-feu en octobre dernier, la grande majorité étant des civils. Les autorités israéliennes poussent les Palestiniens à se retrancher dans une portion de territoire de plus en plus réduite et imposent des restrictions à l’aide vitale.
En Cisjordanie, les forces de sécurité israéliennes et les colons accélèrent la destruction des communautés et l’annexion du territoire. Jusqu’à présent cette année, ils ont tué 57 personnes, blessé près de 1 300 autres, détenu des centaines d’individus, et émis 23 ordonnances de confiscation des terres.
Par ailleurs, depuis le cessez-le-feu, nous avons enregistré au moins 82 meurtres signalés de Palestiniens par le Hamas.
Certains hauts responsables israéliens ont publiquement évoqué le retrait de tous les Palestiniens de Gaza, et leur volonté de mettre un terme à toute possibilité d’avoir un État palestinien viable. Tout cela est tout à fait illégal.
Les signaux d’alerte sont terminés. Nos nombreux avertissements précédents n’ont pas été entendus.
Toutes les personnes ayant une influence doivent faire pression pour faire du cessez-le-feu une réalité, mettre fin à la souffrance insupportable des Palestiniens et forcer les responsables à rendre des comptes.
Monsieur le Président,
La reprise des escalades entre le Hezbollah et Israël depuis le 2 mars a une fois de plus entraîné le peuple libanais dans une guerre dont il n’est pas responsable. J’espère que l’annonce d’hier leur apportera un moment de répit tout à fait nécessaire.
Je suis alarmé par les frappes israéliennes généralisées sur des zones peuplées et des infrastructures essentielles. Environ 3 600 personnes auraient été tuées, dont des centaines de femmes et d’enfants, et plus de 11 000 blessées. Ces attaques, ainsi que les ordonnances de déplacement à grande échelle, ont forcé plus d’un million de personnes à quitter leur foyer.
Par ailleurs, le Hezbollah lance des attaques sophistiquées et de grande envergure en Israël, causant des morts et des blessures parmi les civils.
Vingt-six civils auraient été tués à travers Israël depuis la fin février, dans le cadre des hostilités entre Israël et le Hezbollah, et entre Israël et l’Iran.
J’appelle à la fin immédiate des hostilités, au retrait d’Israël du territoire libanais, ainsi qu’à des enquêtes sur les violations du droit international humanitaire et du droit international des droits humains commises par toutes les parties.
Nous déployons notre propre mission d’évaluation indépendante et impartiale au Liban, en accord avec le gouvernement.
Monsieur le Président,
Au Soudan, le conflit atroce s’est étendu et intensifié, marqué par une forte augmentation du recours aux drones dans la guerre. Entre janvier et mai 2026, le HCDH a recensé plus de 1 000 civils tués par des frappes de drones. Le viol et la violence sexuelle sont endémiques.
En Ukraine, il est profondément préoccupant de voir que cette guerre effroyable s’est considérablement intensifiée ces derniers mois. Mon équipe a pu confirmer que plus de 7 000 civils ont été tués ou blessés au cours des cinq premiers mois de 2026, soit plus qu’au cours de la même période durant les trois années précédentes.
La situation des droits humains et la situation en matière de sécurité restent très instables dans l’est de la République démocratique du Congo. Les affrontements entre les forces armées congolaises et les groupes armés dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu compliquent les efforts de lutte contre le virus Ebola meurtrier.
Nous fournirons plus d’informations au Conseil sur ces trois points.
Monsieur le Président,
Je suis consterné par l’approche imprudente et par le mépris envers la vie humaine qui caractérisent certaines des décisions mondiales actuelles.
Nous assistons à un changement mondial dans la manière dont la guerre est menée. Au Soudan, des drones à longue portée ont détruit des convois d’aide et, comme je l’ai vu moi-même, des infrastructures énergétiques vitales. En Ukraine, des attaques incessantes de drones ont causé des pertes massives et terrorisé les civils. En République démocratique du Congo, à Gaza, en Israël, au Liban et au Myanmar, la guerre des drones crée un nouvel enfer.
L’ONU met en garde depuis de nombreuses années contre le développement d’armes autonomes létales. Cette réalité est maintenant bien présente.
Les États doivent examiner de toute urgence les questions morales et juridiques que cela soulève ; convenir d’une approche commune pour protéger la vie des civils ; et renouveler leur engagement en faveur de la diplomatie et de la médiation. Ils doivent mettre à jour les cadres juridiques pour exiger un contrôle humain et garantir le principe de responsabilité.
Les armes autonomes ne peuvent pas servir de prétexte pour commettre des atrocités criminelles.
La perspective d’armes facilitées par l’IA coûtant des milliards de dollars, neutralisées par des boucliers défensifs intégrant l’IA valant également des milliards, révèle l’horreur, le vide et la futilité de la guerre.
Les experts en sécurité avertissent que les opérations militaires non maîtrisées qui rasent des zones entières alimentent les griefs et contribuent à une nouvelle génération d’extrémistes. Elles ne peuvent jamais conduire à une sécurité durable.
Nous devons accorder une place beaucoup plus importante aux facteurs financiers qui alimentent ce nihilisme. Qui en profite ?
Nous devons remplacer les économies de guerre par des économies fondées sur les droits humains.
Monsieur le Président,
Partout dans le monde entier, les populations réclament des mesures fondées sur les droits humains, pour apaiser les tensions et prévenir les conflits.
Le Sahel central se trouve à un dangereux point de basculement.
Au Mali, des groupes armés extrémistes ont lancé des attaques coordonnées contre plusieurs villes et localités en avril, faisant de nombreuses victimes parmi la population civile. Je suis préoccupé par les informations selon lesquelles les forces de sécurité auraient procédé à des exécutions extrajudiciaires, enlevé des opposants politiques et détenu des journalistes de renom pour avoir fait leur travail.
Au Burkina Faso, des groupes armés extrémistes continuent d’attaquer, d’enlever et de menacer les civils. Je déplore que les autorités aient dissous ou suspendu plus de 930 organisations de la société civile depuis avril.
Les attaques par des groupes armés extrémistes au Niger se multiplient, et la formation de groupes dits d’autodéfense pose de sérieux risques d’exactions et de violences intercommunautaires. Personne n’a été tenu responsable des violations qui auraient été commises par l’armée.
Au Cameroun, la situation sécuritaire dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest reste très préoccupante, les forces de sécurité et les groupes séparatistes armés étant impliqués dans des homicides illicites et des enlèvements. Au moins 20 personnes auraient été tuées rien qu’en avril de cette année.
Au Nigéria, j’exhorte les autorités à mener une enquête rapide et indépendante sur les frappes aériennes par l’armée qui auraient causé la mort de plus de 100 civils dans la région du Nord en mai. Je suis aussi profondément préoccupé par les enlèvements répétés d’élèves et d’enseignants.
En Éthiopie, le conflit armé dans les régions d’Amhara et d’Oromiya se poursuit sans relâche, alors que les parties belligérantes assassinent, enlèvent, violent, arrêtent et détiennent des civils. Je continue d’être préoccupé par la situation au Tigré. Des rapports font état de violences impliquant des chrétiens orthodoxes et des musulmans dans la région d’Oromiya, ce qui témoigne d’une escalade préoccupante des tensions intercommunautaires.
La Somalie fait face à une insécurité croissante et à des besoins humanitaires qui s’accentuent. Les réformes électorales proposées ont déclenché une augmentation des tensions et de la violence. Mon nouveau bureau, convenu récemment, travaillera pour soutenir le peuple somalien.
En Haïti, la violence en bande organisée a provoqué la mort d’au moins 2 300 personnes, 1 100 blessés et 99 enlèvements depuis le début de l’année. J’exhorte les autorités à agir rapidement auprès des instances judiciaires pour lutter contre l’impunité. La Force de répression des gangs est nécessaire de toute urgence et doit opérer conformément au droit international des droits humains.
Cuba, qui étouffe sous les sanctions américaines, est en proie à une véritable crise des droits humains. Les signaux sont au rouge : il faut absolument désamorcer la situation.
Au Pérou, le prochain gouvernement devra donner la priorité au rétablissement de l’état de droit, à l’indépendance des institutions judiciaires et à un dialogue national pour apaiser une société profondément divisée.
En Syrie, des milliers de victimes et de survivants et survivantes réclament justice et que les responsables rendent des comptes. Les poursuites engagées contre l’ancien président et d’autres responsables, bien qu’elles se déroulent pour l’instant principalement par contumace, constituent une étape importante. Ces procédures doivent respecter les normes internationales ; et d’autres doivent suivre. Le HCDH œuvre pour appuyer la justice transitionnelle et promouvoir la réconciliation. Le peuple syrien doit pouvoir construire son propre avenir sans ingérence extérieure.
Au Yémen, je renouvelle mon appel à la libération immédiate et sans conditions des membres du personnel des Nations Unies, des organisations de la société civile et des missions diplomatiques, dont huit membres de mon propre personnel, par les autorités houtistes de facto. Ces détentions sont totalement inacceptables.
Monsieur le Président,
Les réductions de l’aide dans le monde ont des effets catastrophiques sur les droits humains.
Le total des besoins humanitaires pour cette année équivaut à seulement trois jours de dépenses militaires à l’échelle mondiale. Le financement nécessaire au HCDH pour l’ensemble de cette année est inférieur à ce que le monde dépense en armes et soldats en deux heures.
À moins que nous ne changions de cap, la pauvreté et la faim augmenteront, les tensions s’intensifieront, et davantage de personnes seront contraintes de quitter leur foyer en empruntant des routes migratoires dangereuses.
Cela affecte tout le monde. Aucun pays n’est à l’abri.
L’instabilité, les inégalités et la mauvaise gouvernance constituent un terrain propice à l’extrémisme et aux conflits. Elles alimentent également la criminalité transnationale, y compris le commerce de drogues illicites, qui vaut des centaines de milliards de dollars par an.
Les groupes criminels exploitent les crises mondiales, les conflits et les migrations pour étendre leurs activités, de l’Afghanistan à la Guinée-Bissau, en passant par le Sahel et les Amériques.
La violence liée au trafic de drogue a fortement augmenté dans de nombreux pays situés le long des routes de la drogue.
Par ailleurs, la soi-disant guerre contre la drogue est devenue un cercle vicieux. Les réponses militarisées, en particulier dans les Amériques, attisent davantage la violence.
Les États-Unis d’Amérique auraient tué plus de 200 personnes lors de frappes aériennes contre des navires civils dans les Caraïbes et l’océan Pacifique oriental. Qualifier ces attaques de guerre contre le narcoterrorisme ne les justifie pas.
Les drogues illicites ont également d’importants effets néfastes sur notre climat et notre environnement, allant du stress hydrique à la déforestation en passant par le déversement de déchets toxiques.
Les gouvernements doivent lutter contre la corruption, renforcer les institutions et investir dans la réduction des préjudices, l’éducation, les soins de santé et l’emploi.
Monsieur le Président,
Lors de mon dernier bilan de la situation mondiale, j’ai parlé d’un « manuel autoritaire ». Il s’épaissit de jour en jour.
Nos données préliminaires indiquent qu’environ 950 défenseurs et défenseuses des droits humains, journalistes et syndicalistes ont été tués ou ont disparu de force dans le monde en 2025, soit plus du double du nombre enregistré il y a dix ans.
En Ouganda, par exemple, la nouvelle loi sur la protection de la souveraineté renforce le contrôle de l’État sur les organisations de la société civile.
Au Bélarus, en Iran et en Russie, des milliers de défenseurs et défenseuses des droits humains et de journalistes sont incriminés et poursuivis en tant que terroristes et extrémistes.
En Serbie, les revendications des manifestations contre la corruption restent sans réponse depuis plusieurs mois, alors que la situation des droits humains se détériore.
En Inde, à la suite de décisions judiciaires bienvenues accordant la liberté sous caution aux défenseurs et défenseuses des droits humains qui ont été placés en détention provisoire prolongée, j’exhorte à leur libération immédiate.
Les attaques contre les défenseurs et défenseuses des droits environnementaux sont en augmentation. Nos dernières données montrent qu’ils sont détenus dans au moins 55 pays.
La censure des médias augmente, tandis que la liberté d’expression décline dans 44 pays, selon plusieurs enquêtes.
Le HCDH a recensé à travers le monde plus de 800 journalistes et professionnels des médias emprisonnés, y compris des journalistes citoyens et des blogueurs engagés dans la défense des droits humains. Plus récemment, des journalistes ont fait l’objet de poursuites judiciaires sur la base d’accusations vagues en Tunisie et en Türkiye.
Au Gabon, en Iran, en République du Congo et en Russie, les autorités ont restreint l’accès à l’information en coupant l’accès à Internet. La Zambie a forcé l’annulation de RightsCon, la plus grande conférence mondiale sur les technologies numériques et les droits humains.
Dans le monde entier, en particulier en Asie du Sud-Est et en Asie de l’Est, ainsi que dans certaines parties de l’Afrique, de l’Asie centrale, de l’Europe et de l’Amérique centrale, la répression transnationale est de plus en plus utilisée comme un outil de persécution au-delà des frontières, pour poursuivre les critiques du gouvernement et les défenseurs et défenseuses des droits humains. Plusieurs gouvernements abusent même des procédures d’Interpol à cette fin. Nous devons accorder une bien plus grande importance à cette question.
Monsieur le Président,
L’histoire montre que les autoritaires ont souvent réussi à confiner des millions de personnes dans une réalité parallèle faite de conspirations et de mensonges.
La concentration extrême actuelle du pouvoir politique, économique et technologique facilite cette tendance.
Lorsque nous examinons les sommes astronomiques dépensées par les magnats de la technologie dans les activités de lobbying, il est clair que l’innovation d’aujourd’hui sert souvent des intérêts privés plutôt que l’intérêt général.
Dans l’intervalle, on nous propose de nouveaux produits, comme des lunettes IA, qui créent des barrières de plus en plus sophistiquées entre les gens et la réalité. J’aimerais que quelqu’un invente des lunettes qui nous aident à voir l’humanité en chacun de nous.
Certaines entreprises technologiques et certains pays, en particulier dans l’Union européenne, envisagent d’imposer des restrictions liées à l’âge sur les réseaux sociaux, dans le cadre de leurs efforts pour protéger les enfants en ligne.
Les nouvelles directives du HCDH sur l’intelligence artificielle et les droits des enfants peuvent aider à garantir que ces mesures soient fondées sur les droits humains.
La riposte organisée contre l’égalité des genres constitue l’un des chapitres les plus denses de ce « manuel autoritaire ».
La violence à l’égard des femmes est considérée comme un fait triste mais acceptable, dans un contexte de rhétorique misogyne et de contenus en ligne agressifs.
La soi-disant manosphère monétise des stéréotypes néfastes qui sapent les droits des jeunes hommes et des jeunes femmes. Des enquêtes récentes montrent que les hommes de la génération Z dans de nombreux pays sont plus opposés à l’indépendance des femmes que leurs grands-pères.
En Afghanistan, la nouvelle loi, qui revient à légitimer le mariage d’enfants, aggrave encore la souffrance des femmes et filles afghanes. Elle est révoltante et doit être abolie, comme toutes les autres mesures gravement discriminatoires.
En Russie, la persécution des communautés LGBTIQ+ s’intensifie. Ces trois derniers mois seulement, au moins neuf organisations protégeant leurs droits ont été désignées comme extrémistes.
Je déplore la décision du parlement ghanéen d’adopter un projet de loi prévoyant des sanctions pénales plus lourdes contre les personnes LGBTQ+ et les défenseurs et défenseuses des droits humains. J’exhorte le Président à ne pas ratifier cette loi.
Je déplore également l’adoption de dispositions légales au Niger qui érigent en infraction les relations homosexuelles consensuelles, avec de lourdes sanctions.
Six ans après la mort de George Floyd, le genou est toujours sur le cou de nombreuses personnes noires à travers le monde.
Les groupes nationalistes blancs dénoncent ce qu’ils considèrent comme des politiques de deux poids deux mesures et une police à deux vitesses. Cependant, les faits montrent que dans toutes les régions, la police est beaucoup plus encline à recourir à la force contre les personnes d’ascendance africaine.
La déshumanisation des migrants et des réfugiés, y compris au Royaume-Uni, aux États-Unis et dans de nombreux pays de l’UE, est révoltante, conduisant aussi souvent au déni de leurs droits.
Les nouvelles règles de l’Union européenne sur le retour des migrants risquent d’étendre l’utilisation de la détention, de créer des centres de retour extraterritoriaux et d’affaiblir les mesures de protection contre le refoulement. Je suis également préoccupé par la pression croissante exercée par certains États sur la Cour européenne des droits de l’homme concernant la migration et le droit des réfugiés.
Je suis particulièrement préoccupé par la tendance persistante aux retours forcés de demandeurs d’asile et de réfugiés afghans en provenance de pays tels que l’Iran et le Pakistan vers l’Afghanistan, en violation du droit international des réfugiés.
En Afrique du Sud, la pauvreté et les inégalités attisent les tensions sociales, notamment la xénophobie et la violence contre les migrants et les réfugiés. Je suis convaincu que le gouvernement tiendra sa promesse de placer les droits humains au cœur de sa riposte.
Les événements sportifs de grande envergure sont censés rassembler les populations dans l’union et la paix. Il est préoccupant de voir comment l’application des lois sur l’immigration affecte la Coupe du monde masculine. J’appelle les autorités américaines à garantir la sécurité et la dignité de tous les joueurs, dirigeants et supporters.
J’exhorte tous les gouvernements à traiter les questions relatives aux réfugiés et aux migrations avec humanité et dans le plein respect des règles éprouvées des droits humains et du droit des réfugiés.
Monsieur le Président,
L’islamophobie, l’antisémitisme, ainsi que les attaques et la discrimination contre les peuples autochtones et les minorités ethniques et religieuses sont répandus et, dans de nombreux cas, en augmentation. Nous devons tout mettre en œuvre pour endiguer ce phénomène.
Je suis très préoccupé par les politiques d’assimilation et de lutte contre le terrorisme de la Chine, en particulier en ce qui concerne les minorités dans les régions du Xinjiang, de la Mongolie intérieure et du Tibet. La nouvelle loi sur l’unité ethnique risque d’accentuer les restrictions sur les libertés de la langue, d’éducation, de pratique religieuse, de culture, d’expression et de réunion ; et de pénaliser l’exercice pacifique des droits des minorités en général. Je demande l’abrogation de la loi et la fin de ces pratiques.
Le Nicaragua est le seul pays à ne pas du tout collaborer avec le système des droits humains. La récente mort en détention du dirigeant autochtone Brooklyn Rivera est la preuve la plus récente des politiques répressives et d’un schéma plus large de violations contre les communautés autochtones et d’ascendance africaine.
Monsieur le Président,
Les coûts sociaux et économiques des crises que j’ai mentionnées se répercutent de génération en génération, et dans le monde entier.
Les jeunes électeurs dans de nombreux pays se sentent aliénés et ignorés. Ils exigent le respect de leurs droits humains, dans le but d’accéder à une vie meilleure.
Le mois dernier, en République de Corée, j’ai pu constater comment Gwangju et d’autres « villes pour les droits humains » améliorent les conditions de vie des gens grâce à des politiques équitables en matière de transport, de santé, d’éducation et bien d’autres domaines.
Lors de ma récente visite en Mongolie, j’ai trouvé encourageant le fait que les autorités utilisent les recommandations des organismes des droits humains pour faire avancer la réforme.
Des lois exhaustives contre la discrimination renforcent la cohésion sociale et instaurent la confiance au sein des communautés. Le HCDH soutient les pays disposant d’une telle législation.
Je salue les récentes réussites obtenues sur le plan juridique. En Australie, un groupe autochtone a obtenu une indemnisation record pour des activités minières menées sans son consentement. En Chine, la Cour suprême a reconnu que la discrimination et le harcèlement à l’égard des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres constituent une violation de leurs droits humains.
Je suis convaincu que la nomination du nouveau Procureur général au Guatemala contribuera à renforcer la démocratie dans la pratique.
Dans toutes les régions, du Bénin au Monténégro, des Philippines à la République slovaque et à l’Espagne, les institutions nationales des droits humains soutiennent les victimes de violations, protègent l’espace civique et combattent les discours de haine en ligne.
Les mécanismes régionaux jouent également un rôle important.
Des tribunaux régionaux en Amérique latine, en Afrique et en Europe tiennent les États responsables des atteintes à l’environnement, du Nigéria et du Pérou à la Suisse et au-delà.
Le cadre de conformité de l’Union africaine pour les opérations de maintien de la paix a contribué à instaurer une culture de responsabilité. Malgré des défis importants, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, l’ASEAN, peut jouer un rôle de médiation essentiel pour résoudre le conflit au Myanmar.
La Commission interaméricaine des droits de l’homme s’est avérée être une voie efficace vers la justice pour les victimes, qu’il s’agisse de détentions arbitraires, du droit à la vie privée ou d’autres questions.
Le système international des droits humains a également prouvé sa valeur.
Le travail de mon propre personnel éclaire les recoins les plus sombres. Il a été cité dans des affaires juridiques de premier plan, notamment par la Cour internationale de Justice, et a influencé des centaines de réformes juridiques.
Les enquêtes mandatées par ce Conseil ont contribué à traduire en justice les auteurs de crimes internationaux, ce qui constitue une avancée majeure alors que le Conseil célèbre son 20e anniversaire.
Par exemple, la commission d’enquête sur la Syrie a participé directement à plus de 63 enquêtes pénales sur des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis depuis 2011.
Les droits humains façonnent la réflexion judiciaire à l’échelle nationale et régionale. La Cour suprême suisse a fait référence au Pacte international relatif aux droits civils et politiques dans plus de 300 de ses décisions.
Les organes conventionnels ont fait progresser la réforme juridique et politique par leurs recommandations, notamment sur l’abolition de la peine de mort et sur les droits en matière de sexualité et de procréation des femmes.
Je condamne les campagnes de désinformation et les tentatives de saper la crédibilité du système des droits humains des Nations Unies, y compris des titulaires de mandat au titre de procédures spéciales. Les critiques et les débats sont légitimes et nécessaires ; les efforts pour intimider, discréditer, voire sanctionner, ne le sont pas. Ils sont inacceptables.
Monsieur le Président,
La défense des droits humains est une tâche permanente.
Nous ne pouvons jamais rien tenir pour acquis. Celles et ceux qui sont en première ligne le savent.
Je pense aux défenseurs et défenseuses des droits humains que j’ai rencontrés récemment au Soudan, en Mongolie, au Mexique et dans de nombreux autres pays : tous luttant de différentes manières ; tous faisant preuve de courage et de ténacité jour après jour.
Nous savons à quel point les droits humains peuvent nous unir.
C’est pourquoi nous avons lancé l’Alliance mondiale pour les droits humains la semaine dernière.
Ces deux prochaines années, cette Alliance deviendra un véritable foyer d’activité, différents groupes et communautés à travers le monde établissant de nouveaux liens et construisant de nouveaux partenariats.
Les droits humains sont le ciment qui nous unit tous. Lorsque nous unissons nos forces pour renforcer ces liens, nous bâtissons un monde meilleur pour tout le monde.
Merci beaucoup.
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