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Déclarations et discours Plusieurs mécanismes

Volker Türk : « la sagesse et l’expérience des peuples autochtones sont riches d’enseignements pour nous tous »

14 juillet 2025

Prononcé par

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

À

18e session du Mécanisme d'experts sur les droits des peuples autochtones

Madame la Présidente,
Monsieur le Président,
Chers membres du Mécanisme d’experts,
Chers représentants et représentantes des peuples autochtones,
Excellences,
Chers participants et participantes,

Je suis heureux d’ouvrir la dix-huitième session du Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones.

Ces sessions sont cruciales pour faire progresser les droits humains des peuples autochtones en mettant l’accent sur leurs besoins et leurs droits spécifiques et en créant une dynamique en faveur du changement.

Ces dernières années, des avancées importantes ont été réalisées dans plusieurs régions en faveur du respect des droits des peuples autochtones.

Par exemple, la Colombie a récemment officialisé la mise en place d’administrations locales autochtones, leur accordant le pouvoir de superviser les budgets et l’administration au sein de leurs territoires. En Finlande, de récentes réformes juridiques ont renforcé l’autoidentification et l’autonomie institutionnelle des peuples autochtones. Le Gouvernement du Guatemala organise des réunions mensuelles avec les populations autochtones, ce qui a notamment permis de conclure plusieurs accords locaux sur les revendications territoriales.

Les approches et les visions du monde des peuples autochtones sont également de plus en plus reconnues.

À la suite du traité de Waitangi en Nouvelle-Zélande, certaines rivières ont obtenu une identité juridique. En Asie du Sud, certains fleuves bénéficient aussi d’une reconnaissance juridique spécifique. De même, certaines montagnes et certains territoires revêtant une importance particulière pour les peuples autochtones de divers pays se sont vu attribuer des droits propres.

Par ailleurs, il y a tout juste deux semaines, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a expressément souligné que les mesures prises par les États doivent respecter les savoirs autochtones dans le cadre d’un important avis consultatif sur les obligations des États en matière de protection et de restauration des écosystèmes.

Malgré ces avancées, les violations des droits des peuples autochtones restent très répandues.

Partout dans le monde, les activités minières et extractives, la déforestation et l’agriculture à grande échelle exploitent et détruisent des terres et des territoires sans le consentement des peuples autochtones. De nombreux peuples autochtones ne bénéficient toujours pas d’une reconnaissance officielle de leurs droits fonciers, ce qui rend plus difficile la défense de leurs territoires.

Les peuples autochtones sont également parmi les plus exposés et les plus vulnérables au chaos climatique. Les sécheresses, les inondations, la déforestation et les incendies détruisent les écosystèmes qui les ont soutenus pendant des millénaires.

Dans toutes les régions, les peuples autochtones sont victimes d’une discrimination généralisée dans l’accès à la justice, à la santé, à l’éducation et à d’autres services.

Les défenseurs autochtones des droits humains continuent d’être victimes de menaces et de représailles. Selon les données recueillies par le HCDH, en 2023 et 2024, 26 % des défenseurs tués étaient des personnes autochtones, principalement dans les Amériques. Je suis très préoccupé par l’impunité généralisée dont bénéficient les auteurs des meurtres de courageux militants. J’exhorte les États à remédier immédiatement à cette situation en enquêtant sur ces crimes et en poursuivant leurs auteurs.

Chers participants et participantes,

Les technologies numériques, y compris l’intelligence artificielle, sont en train de transformer profondément nos sociétés et ont des répercussions sur les peuples autochtones.

D’une part, les outils d’IA, notamment les modèles de reconnaissance vocale et de traduction, contribuent à préserver et à faire revivre les langues autochtones. L’IA peut aider les peuples autochtones à surveiller les changements environnementaux afin de contribuer à la préservation de la biodiversité.

D’autre part, les États utilisent des outils de surveillance reposant sur l’IA pour suivre et harceler les défenseurs autochtones des droits humains. Les informations provenant des communautés autochtones, notamment les cartes et les œuvres d’art, sont utilisées pour former des modèles d’IA sans leur consentement. Les peuples autochtones sont encore largement exclus des principales décisions politiques relatives au développement de l’IA.

Ce sera à nous tous de décider comment concevoir et déployer les nouvelles technologies, afin de minimiser les risques qu’elles présentent et de maximiser leur potentiel bénéfique.

Les droits humains devront être au cœur du développement, de l’utilisation et de l’application de l’IA. Sans garde-fous en matière de droits humains, ces évolutions rapides risquent de reproduire et de renforcer les inégalités dans le monde, y compris celles dont souffrent les peuples autochtones.

Le HCDH commence à examiner les effets de l’IA sur les peuples autochtones, y compris sur l’utilisation des données autochtones.

Je salue l’étude du Mécanisme d’experts qui sera présentée aujourd’hui et qui contient des recommandations importantes sur la protection du droit des peuples autochtones à l’information. Plus précisément, il souligne que l’IA doit respecter la souveraineté des peuples autochtones sur leurs données, qui fait partie intégrante de leur droit à l’autodétermination et à l’autoadministration.

Face à ces défis considérables, la route sera semée d’embûches.

Nous devons unir nos efforts afin que les politiques et les décisions prises à l’avenir en matière d’action climatique, de développement des technologies numériques et au-delà reflètent la sagesse et l’expérience des peuples autochtones.

Cela est notamment essentiel pour respecter et réaliser les droits humains des peuples autochtones. Il aussi est de plus en plus reconnu que les idées et les approches des peuples autochtones sont riches d’enseignements pour nous tous.

Par exemple, les pratiques traditionnelles autochtones, notamment la gestion communautaire des forêts et de la pêche, peuvent atténuer les effets des changements climatiques.

De manière plus générale, la connaissance de la terre et le respect des droits de la nature sont inhérents aux pratiques culturelles, aux religions et aux lois traditionnelles de nombreux peuples autochtones.

Cette vision du monde inspire de nouveaux modèles d’interaction avec notre planète, notamment la reconnaissance constitutionnelle de la personnalité juridique de la nature et de ses défenseurs, la protection renforcée contre les atteintes à l’environnement et la reconnaissance du crime d’écocide, y compris dans le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.

Les peuples autochtones peuvent également apporter une contribution claire à la justice climatique, en particulier en ce qui concerne les minéraux nécessaires à la transition vers les énergies renouvelables. Le HCDH a soutenu la participation des représentants autochtones au Groupe du Secrétaire général chargé de la question des minéraux critiques pour la transition énergétique. Le rapport recommande que les droits humains soient respectés là où les minerais sont extraits, et tout au long de la chaîne de valeur.

Chers participants et participantes,

Je salue le rôle dirigeant joué par ce Conseil pour garantir la participation significative des peuples autochtones.

En septembre 2024, pour la première fois, des représentants autochtones des sept régions socioculturelles autochtones du Conseil des droits de l’homme sont intervenus lors d’une session ordinaire du Conseil en tant que représentants directs de leurs peuples. J’espère que d’autres organismes des Nations Unies suivront l’exemple du Conseil.

Le Fonds de contributions volontaires des Nations Unies pour les peuples autochtones est un outil essentiel à la participation. Grâce au Fonds, plus de 4 000 représentants des peuples autochtones ont pu exprimer leur point de vue dans le cadre de processus internationaux. J’exhorte les États à renforcer leur soutien au Fonds, qui est confronté à un grave déficit et ne peut aider qu’environ 150 des plus de 6 000 demandeurs chaque année.

Avant de conclure, je tiens à exprimer ma profonde préoccupation face au fait que les peuples autochtones continuent de faire l’objet d’actes d’intimidation et de représailles pour leur collaboration avec les Nations Unies. Cela est inacceptable et doit cesser. S’exprimer ne devrait pas se faire au détriment de sa sécurité.

Les réunions internationales comme celle-ci constituent une tribune permettant aux peuples autochtones d’exprimer leurs préoccupations et de partager leurs expériences. Elles constituent également un espace où la communauté internationale peut écouter les connaissances et les approches innovantes des peuples autochtones face à certains des problèmes mondiaux les plus urgents.

Je vous souhaite une session fructueuse et j’attends avec intérêt ses résultats, notamment les propositions que vous ferez au Conseil des droits de l’homme.