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Protéger les droits humains en République démocratique du Congo dans un contexte d’escalade du conflit

10 septembre 2025

Des manifestants devant de la fumée qui s’élève en tourbillons.

Les manifestants opposés au conflit qui perdure en République démocratique du Congo ont incendié des barricades de fortune à Kinshasa.

© EPA/CHRIS MILOSI

Depuis longtemps, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) documente les atteintes commises en République démocratique du Congo et œuvre en faveur de la protection des droits dans ce pays. Ce travail est aujourd’hui gravement menacé en raison d’un sous-financement chronique.

Patrice Vahard, représentant du HCDH en République démocratique du Congo, s’est exprimé avant la tenue de la 60e session du Conseil des droits de l’homme sur la situation dans le pays. Il a en outre participé à une nouvelle campagne audacieuse de financement participatif – The Humans in Human Rights(les êtres humains derrière les droits humains) – pour mettre en lumière les véritables enjeux liés à la réduction des financements destinés aux droits humains.

Quels sont les principaux problèmes soulevés dans les deux rapports présentés au Conseil des droits de l’homme ?

Le Haut-Commissaire rend compte de l’application de la résolution relative à l’assistance technique apportée à la République démocratique du Congo. Cela inclut le soutien à la justice transitionnelle, la lutte contre l’impunité et la protection des droits socio-économiques et culturels, y compris le droit au développement.

Le deuxième rapport a été motivé par l’expansion du M23, soutenu par les Forces de défense rwandaises, qui a conduit à la création d’une mission d’établissement des faits. Ce rapport porte sur les événements survenus dans l’est du pays, sert de base à la mise en place d’une commission d’enquête et reprend les préoccupations plus larges en matière de droits humains documentées par le HCDH cette année.

Quels sont les effets de la crise actuelle sur la République démocratique du Congo ?

Nous assistons à un renversement de trois décennies d’efforts consacrés au renforcement de l’état de droit et à la promotion des droits humains. Les progrès réalisés dans la lutte contre le recrutement d’enfants, les violences sexuelles et fondées sur le genre et l’impunité sont en train d’être réduits à néant.

Depuis janvier, le M23 et des forces étrangères attaquent le système judiciaire : ils tuent des juges, des avocats et des témoins, détruisent des preuves et libèrent les auteurs de graves atteintes. Cela sape la justice et risque d’alimenter la justice populaire ou de déclencher de nouveaux cycles de violence.

Sur le plan économique, Goma, pôle d’entrepreneuriat et de commerce, est aujourd’hui confrontée à des déplacements massifs de population, et une génération risque d’être à nouveau prise au piège de la violence et de l’instabilité.

Quels sont les effets du travail du HCDH en République démocratique du Congo ?

Au cours des 20 dernières années, le Haut-Commissariat est devenu un partenaire de confiance qui a contribué à ouvrir l’espace civique, à renforcer la société civile et à faire passer des lois respectueuses des droits humains. Il a aidé des institutions nationales telles que la Commission nationale des droits de l’homme et le Parlement afin qu’elles prennent davantage en main la protection des droits.

Il a mis en place une expertise médico-légale pour lutter contre l’impunité, contribué à l’élaboration de programmes postdoctoraux en médecine légale et collaboré avec ONU-Femmes, le Fonds des Nations Unies pour la population, l’UNICEF et d’autres organismes pour briser les tabous liés aux violences sexuelles. Cela a conduit à la mise en place de nouveaux mécanismes, notamment un service d’assistance téléphonique géré par la Présidence pour traiter la violence fondée sur le genre.

Que changerait l’apport de ressources supplémentaires ? Qu’est-ce qui est à risque si ces ressources ne sont pas mises à disposition ?

Avec un financement accru, nous pourrions contribuer à briser le cycle de la violence en élargissant notre présence et en soutenant les organisations locales. À l’heure actuelle, la baisse des ressources nous oblige à fermer des bureaux dans des zones critiques, comme à Uvira, et à nous appuyer sur des équipes mobiles.

Sans ressources, nous perdons la capacité de surveiller la situation, de protéger les populations et de fournir des éléments de preuve qui éclairent à la fois les politiques nationales et l’action internationale. Le HCDH est le seul organe de l’ONU en République démocratique du Congo qui assure un suivi et rend compte de la situation des droits humains à ce niveau, ce qui permet d’alimenter les travaux du Conseil des droits de l’homme et du Conseil de sécurité et les actions de plaidoyer à l’échelle du système des Nations Unies. Nous formulons et fournissons des éléments de preuve qui deviennent des outils de plaidoyer pour le reste du système des Nations Unies. Certaines entités nous communiquent des informations parce que nous avons une voix qui permet de sauver des vies et d’empêcher une nouvelle aggravation de la situation des droits humains. 

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