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« Cessez de prendre pour cible les journalistes » : témoignages depuis les zones de conflit à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse

04 mai 2026

Journaliste prenant des photos lors d’un événement pour les membres de la presse organisé dans la ville de Gaza à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Centre de solidarité des médias, en collaboration avec le Syndicat des journalistes, organise le 3 mai 2026 un événement de solidarité en soutien aux membres de la presse dans la ville de Gaza, en Palestine. © Khames Alrefi / Anadolu/Reuters

« Cessez de prendre pour cible les journalistes », a déclaré Rewaa Abu Muamar, journaliste à Gaza.

Des centaines de journalistes couvrant des conflits ont été tués dans le monde et beaucoup continuent de travailler et de vivre dans des conditions dangereuses.

Au Soudan, en Palestine, au Liban, en Iran, en Ukraine et dans de nombreux autres endroits, la liberté de la presse est fortement restreinte. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme s’est entretenu directement avec des journalistes à Gaza, au Soudan et au Liban pour recueillir leurs expériences.

Leurs témoignages portent non seulement sur les dangers physiques auxquels ils font face, mais aussi sur le chagrin, les déplacements, les traumatismes psychologiques et une détermination inébranlable à continuer de dire la vérité.

Le HCDH continue de surveiller et de documenter les violations commises contre la presse.

« Dans le Territoire palestinien occupé, des journalistes ont été tués, blessés, arrêtés, déplacés et empêchés de faire leur travail », a déclaré Yusra Jamous, spécialiste de l’information du Bureau du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme dans le territoire palestinien occupé. « L’accès à Gaza, en particulier pour les journalistes internationaux, reste fortement restreint. »

« Lorsqu’un journaliste est tué, on perd aussi autre chose. Une histoire qui ne sera jamais racontée. Un quartier dont le monde n’aura jamais une image complète. Une famille dont le témoignage ne sera peut-être jamais entendu », a-t-elle ajouté.

Rewaa Abu Muamar, qui couvre des histoires centrées sur l’humain depuis plus d’une dizaine d’années, a décrit les pertes qui l’ont touchée et son travail de journaliste en première ligne.

« De nombreux collègues journalistes ont été tués alors qu’ils couvraient la situation dans la bande de Gaza. Certains ont succombé à des attaques directes, d’autres sont morts avec toute leur famille », a-t-elle déclaré.

« Ma mère a été tuée. Elle m’a toujours soutenue et encouragée à couvrir la situation et à en dresser un tableau complet. Elle a été tuée pendant cette guerre, avec mon frère et mon oncle », a-t-elle déclaré, ajoutant que « cette guerre n’a fait aucune distinction entre les jeunes et les personnes âgées ».

Dans une déclaration prononcée à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré que la situation des journalistes à Gaza était un « piège mortel ».

« La guerre d’Israël à Gaza est devenue un piège mortel pour les médias. Mon Bureau a confirmé la mort de près de 300 journalistes depuis octobre 2023, et beaucoup d’autres ont été blessés », a-t-il précisé.

Volker Türk a exhorté les États à enquêter sur toutes les violations commises contre les professionnels des médias et a exprimé sa préoccupation face au fait que les auteurs d’homicides de journalistes n’étaient pas amenés à répondre de leurs actes, que ces derniers aient lieu dans un pays en conflit ou ailleurs.

« Cette année seulement, au moins 14 journalistes ont été tués. Ces 20 dernières années, seul environ un meurtre sur dix a donné lieu à l’établissement total des responsabilités », a déclaré Volker Türk.

Volker Türk a appelé les États à « mettre fin aux persécutions contre la presse, lever les restrictions arbitraires, abroger les lois abusives et aligner leurs cadres juridiques sur les normes internationales relatives aux droits humains ».

Au Liban, les hostilités en cours font du pays l’un des endroits les plus meurtriers pour les professionnels des médias, les journalistes y faisant l’objet de frappes directes et les zones sûres y étant de plus en plus réduites. Il a souligné que les journalistes locaux étaient souvent les seuls à transmettre la terrible réalité de la guerre, alors qu’ils pouvaient eux-mêmes être affamés, terrifiés et privés de tout, sauf de leur voix.

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Nous poursuivrons notre travail malgré tout. Nous resterons proches des gens et continuerons de raconter leur histoire, quel qu’en soit le prix.

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Mohammad Olwan, journaliste palestinien basé en Cisjordanie

Évoquant sa visite au Soudan, Volker Türk a déclaré avoir rencontré des journalistes qui avaient été confrontés à une violence extrême, à la brutalité et même à la famine, tout en poursuivant leur travail essentiel. Il a ajouté que, même loin des lignes de front, aucun pays n’était véritablement sûr pour celles et ceux qui tiennent un langage de vérité vis-à-vis des autorités.

Au Soudan, Khalid Ewais, journaliste pour Alsharq News à Port-Soudan, a signalé avoir été victime d’attaques personnelles. Il était basé à Khartoum lorsque la guerre a éclaté et dit avoir été ciblé en raison des efforts qu’il menait pour couvrir les événements de manière objective. Il n’a pas été le seul à faire l’objet de menaces, celles-ci concernaient toute sa famille.

« J’ai dû déménager avec ma famille. Nous allions d’un endroit à un autre. Ma mère était très malade. Après dix jours, elle était épuisée par ces déplacements constants. Elle est décédée », a-t-il déclaré.

Les menaces pesant sur les journalistes ne sont pas seulement d’ordre physique. Beaucoup se sont dits préoccupés par les effets psychologiques liés au travail dans des situations de conflit.

Shamael Elnoor, journaliste indépendante soudanaise, a décrit la pression psychologique liée au recueil et à la couverture de détails explicites sur des actes commis dans le cadre de la guerre.

« Personnellement, dans de nombreux cas, le niveau d’horreur dont nous sommes témoins m’empêche de finir d’écouter un message vocal ou de regarder une vidéo », a-t-elle déclaré. « La guerre a en outre doublé la pression psychologique que subissent les journalistes, au point que la couverture des violations est devenue incomplète en raison de cette charge psychologique. »

Selon Shamael Elnoor, les femmes journalistes font par ailleurs face à d’autres types d’agressions, en ligne comme hors ligne.

« Des atteintes à la vie privée et des attaques contre la moralité et l’honneur. Elles n’ont rien à voir avec le conflit lui-même. Elles se produisent simplement parce que l’on est une femme », a-t-elle affirmé.

Volker Türk a souligné le rôle de la liberté de la presse, la décrivant comme constituant « l’oxygène d’une société ». Il a attiré l’attention sur les conséquences plus larges qu’a la banalisation des attaques contre les journalistes.

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Lorsque les attaques contre les médias sont banalisées, c’est la liberté elle-même qui commence à se déliter, entraînant avec elle les fondements de la paix, de la sécurité et du développement durable.

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Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme

Ténacité et raison d’être

Malgré ces dangers, les journalistes qui travaillent dans les situations de conflit restent déterminés.

« Je préfère rester et couvrir la tragédie qui se déroule ici au Soudan. C’est mon devoir. C’est mon métier », a déclaré Khalid Ewais, journaliste depuis 25 ans.

Selon Li Fung, Représentante du HCDH au Soudan, le Bureau aide à mettre les journalistes en danger en liaison avec des partenaires de protection de confiance pour qu’ils aient accès à une assistance juridique, à un soutien d’urgence et à des options de relocalisation plus sûres et bénéficient d’un suivi confidentiel.

« Ce soutien fait une différence tangible en ce qu’il aide des journalistes, y compris des femmes journalistes, à être davantage en sécurité et à poursuivre leur travail », a déclaré Li Fung. « Parce que la protection n’est pas limitée par les frontières. Et les journalistes ne devraient jamais avoir à choisir entre dire la vérité et rester en vie. »

Rewaa Abu Muamar, journaliste et mère de deux enfants à Gaza, a posé la question suivante : « Qui porte le message et communique les images et la vérité ? »

« C’est ce qui nous pousse à poursuivre notre travail », a-t-elle affirmé. « Aujourd’hui, le monde est témoin du fait que la presse apporte la vérité. »

Elle a appelé la communauté internationale à défendre la protection des journalistes et à « mettre un terme aux violations commises contre les journalistes et au fait qu’ils sont pris pour cible dans la bande de Gaza ».

« Nous, les journalistes de la bande de Gaza, avons vu beaucoup de nos collègues tués alors qu’ils couvraient la situation », a-t-elle déclaré. « Nous continuerons de porter le message afin que le monde puisse l’entendre. »