Des manguiers à la scène internationale : le parcours d’Aziza Sbaity, entre identité, inclusion et vitesse
23 juillet 2026
Lorsqu’Aziza Sbaity évoque son enfance, elle ne commence pas par parler de médailles ou de records.
Elle commence par les manguiers.
« J’ai eu une très belle enfance », dit-elle avec un sourire. « Nous avons grandi au bord de la mer et grimpions aux manguiers et aux cocotiers. La communauté libanaise au Libéria était très soudée, j’ai donc toujours su que j’étais à la fois libérienne et libanaise. »
Née à Monrovia d’une mère libérienne et d’un père libanais, Aziza Sbaity a grandi en embrassant les deux cultures. Son père a veillé à ce qu’elle conserve un lien étroit avec son héritage libanais, tandis que le Libéria lui a fait découvrir un environnement multiculturel où la diversité coulait de source.
Cette enfance a été interrompue lorsque les troubles civils ont contraint sa famille à quitter le Libéria pour s’installer définitivement au Liban.
Avec le recul, elle se souvient de ce déménagement comme marquant une fin et un commencement.
« Je me souviens d’avoir entendu des coups de feu depuis le balcon de mon école et de m’être dit : “C’est la dernière fois que je suis ici.” Et c’était vrai. »
Arrivée au Liban à l’âge de 11 ans, elle a dû s’adapter à une nouvelle école, une nouvelle langue et un nouvel environnement.
« Je n’ai pas vraiment ressenti de choc culturel parce que j’avais toujours grandi entourée de Libanais », a-t-elle expliqué. « Mais je me suis soudain retrouvée dans un endroit beaucoup moins divers que ce que j’avais connu jusqu’alors. »
Comme beaucoup d’enfants qui s’adaptent à un nouveau pays, elle a parfois eu du mal à s’intégrer. Selon elle, ces premières expériences ont contribué à forger son empathie envers celles et ceux qui se sentent différents ou exclus.
Heureusement, elle a bénéficié du soutien indéfectible de sa famille.
« Ma belle-mère m’a toujours traitée comme sa propre fille. Ma famille m’a protégée et a toujours veillé à ce que je me sente à ma place. »
Ce sentiment d’appartenance s’est ensuite renforcé grâce au sport.
Trouver la liberté grâce au sport
Bien qu’elle se soit d’abord passionnée pour le basket-ball, c’est sa vitesse remarquable qui a finalement conduit ses entraîneurs à l’orienter vers l’athlétisme.
Des années plus tard, en relisant les journaux intimes qu’elle avait tenus depuis l’âge de huit ans, elle a redécouvert exactement ce que la course représentait pour elle.
« J’avais écrit que l’athlétisme me procurait un sentiment de liberté, de sens et de passion. »
Ces sentiments l’ont finalement amenée à représenter le Liban sur la scène internationale.
« C’est dans le monde de l’athlétisme que je me suis sentie le plus en sécurité », a-t-elle déclaré. « C’est là où je me suis sentie la mieux acceptée. »
Aujourd’hui, Aziza Sbaity est la femme la plus rapide du Liban et détient plusieurs records nationaux. Pour elle, le sport va néanmoins bien plus loin que la compétition.
« Le sport m’a donné confiance en moi, m’a donné un but, et m’a permis d’intégrer une communauté. »
Au-delà de la ligne d’arrivée
Son désir d’utiliser sa notoriété pour promouvoir l’inclusion et une meilleure compréhension entre les cultures a grandi à mesure que sa carrière sportive a progressé.
Plutôt que de s’attarder sur les moments où elle s’est sentie jugée en raison de son apparence ou de ses origines, elle estime que ces expériences ont renforcé sa détermination à défendre les autres.
« Je pense toujours aux personnes qui ne bénéficient pas du système de soutien dont j’ai moi-même bénéficié », a-t-elle déclaré. « C’est pourquoi je parle d’acceptation et d’inclusion. »
En 2023, son militantisme et ses réalisations ont été reconnus à l’échelle internationale lorsque la BBC l’a choisie pour figurer dans sa série « 100 Women » (100 femmes).
« J’ai pris conscience que lorsque nous avons une voix, nous devons l’utiliser. »
Pour Aziza Sbaity, certains des moments les plus marquants se produisent loin des podiums.
« Mes messages préférés sont ceux de parents qui me disent que leurs enfants m’admirent ou qui m’envoient des vidéos de ces derniers en train de courir. »
Aziza Sbaity remportant le tournoi régional de son école (SABIS) au Caire, en Égypte, en 2004. © Aziza Sbaity
Promouvoir l’inclusion au moyen des droits humains
L’histoire d’Aziza Sbaity fait écho à bon nombre des thèmes qui sont au cœur du travail du Bureau régional du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, qui collabore avec les États, les institutions nationales des droits humains, la société civile et d’autres partenaires pour promouvoir l’égalité et lutter contre la discrimination sous toutes ses formes.
En fournissant des services de coopération technique, de renforcement des capacités et de sensibilisation, le Bureau régional soutient les actions visant à favoriser des sociétés plus inclusives où chacun peut jouir de ses droits sans discrimination, quel que soit sa race, sa couleur, son ascendance, son origine nationale ou ethnique, son genre ou tout autre statut.
Le sport a en outre un rôle important à jouer dans la promotion des droits humains. Dans le cadre de son engagement croissant en faveur du sport et des droits humains dans la région, le Bureau régional explore les possibilités de renforcer le dialogue et les partenariats autour de la contribution du sport à l’égalité, à l’inclusion, à la participation et à la non-discrimination, tout en mettant en avant le rôle positif que les athlètes peuvent jouer dans la promotion des valeurs des droits humains et l’inspiration d’un changement social positif.
Ouvrir des perspectives pour la prochaine génération
Pour provoquer elle-même un changement social, Aziza Sbaity s’apprête à lancer Stride, une nouvelle école d’athlétisme qui vise à rendre l’entraînement de qualité plus accessible aux enfants à travers le Liban.
Cette initiative permettra de former non seulement de jeunes athlètes, mais aussi des entraîneurs et encouragera la participation inclusive, y compris pour les enfants handicapés.
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« Je veux que le sport devienne un outil de développement. Il permet aux enfants de prendre confiance en eux, d’apprendre la discipline, d’avoir un but et de développer un sentiment d’appartenance. »
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Aziza Sbaity, sprinteuse libano-libérienne
Pour elle, la représentation est également importante.
« Plus les gens voient la diversité dans le sport, les médias et la vie publique, plus l’acceptation devient naturelle. »
Alors que le 25 juillet, le monde célèbre la Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine, Aziza Sbaity espère que chaque jeune fille se sentira en mesure d’assumer son identité et de poursuivre ses ambitions sans aucune hésitation.
« Assumez vos origines avec fierté », a-t-elle déclaré. « N’ayez pas peur de briller autant que vous le souhaitez. Voyez grand, soyez pleinement vous-même et optez toujours pour la bienveillance. »
Aziza Sbaity lors d’une conférence TEDx à l’Université américaine de Beyrouth en 2025. © Université américaine de Beyrouth