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25 juillet : un héritage d’unité et d’action collective

24 juillet 2026

Trois femmes d’ascendance africaine rient ensemble
© MStudioImages / Getty Images

Le 25 juillet 1992, à Saint-Domingue, en République dominicaine, environ 300 femmes d’ascendance africaine provenant de 32 pays d’Amérique latine et des Caraïbes se sont réunies à l’occasion de la première Réunion des femmes noires d’Amérique latine et des Caraïbes. Bien qu’issues de pays et d’horizons différents, elles partageaient une certitude : celle de ne se sentir ni écoutées ni représentées.

Les Amériques comptent environ 200 millions de personnes d’ascendance africaine. Dans toute la région, ces personnes continuent de subir les séquelles de l’esclavage et du colonialisme. Le racisme systémique dont elles sont aujourd’hui victimes est souvent aggravé par le sexisme, ce qui limite leur accès aux droits, à des perspectives et aux instances décisionnelles.

Les évènements de 1992 ont profondément marqué l’histoire du mouvement des femmes d’ascendance africaine dans le monde entier. Ce rassemblement a conduit à la création du Réseau des femmes afro-latino-américaines, afro-caribéennes et de la diaspora (RMAAD, Red de Mujeres Afrolatinoamericanas, Afrocaribeñas y de la Diáspora) et ses participantes ont déclaré le 25 juillet Journée internationale des femmes afro-latino-américaines, afro-caribéennes et de la diaspora, date désormais célébrée dans le monde entier comme la Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine.

Glenda Joanna Whetherborn sits in an office in Guatemala, speaking with staff members from UN Human Rights beside an open laptop.

Glenda Joanna Whetherborn, membre du Réseau des femmes afro-latino-américaines, afro-caribéennes et de la diaspora, s’entretient avec des membres du personnel du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) au Guatemala. © HCDH/ Estela Morales

« [Cette Journée] est essentielle pour rendre visible et combattre l’intersection entre le racisme, lié à la pigmentocratie et au colorisme, et le sexisme, en ce qu’elle permet de mettre en lumière des contributions passées sous silence et d’exiger des politiques publiques adaptées aux réalités des femmes noires et d’ascendance africaine dans toute notre diversité », a déclaré Glenda Joanna Wetherborn, une femme guatémaltèque d’ascendance africaine membre de la RMAAD.

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Pour moi, c’est plus qu’une simple journée de reconnaissance. C’est un appel à l’action, qui est nécessaire, urgent, collectif et attendu depuis bien trop longtemps.

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Awa Dabo, Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme

« Nous avons dû tracer notre propre chemin »

Le rassemblement de Saint-Domingue n’est pas sorti de nulle part. Il a été l’aboutissement de plus d’une décennie d’efforts menés par des femmes d’ascendance africaine qui se sentaient invisibles dans les instances mêmes où elles auraient dû être des protagonistes.

En 1985, certaines femmes brésiliennes d’ascendance africaine se sont vu refuser l’accès à une réunion féministe organisée à Bertioga, au Brésil. Ce moment décisif a confirmé ce que beaucoup ressentaient déjà, à savoir qu’elles ne pourraient pas avancer sans créer leur propre moyen d’action.

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Nous avons cru en notre force en tant que voix des femmes d’ascendance africaine et nous nous sommes lancées dans la création d’un réseau. Nous avons dû tracer notre propre chemin.

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Ana Irma Rivera Lassén, avocate portoricaine, membre fondatrice de la RMAAD

En 1992, à Saint-Domingue, les femmes ont débattu de la discrimination raciale, du patriarcat, de la pauvreté, des migrations et de la violence. Elles ont manifesté contre les commémorations du 500e anniversaire de la colonisation des Amériques.

Sonia Viveros Padilla sits among drums, guitars and marimbas at Casa Ébano in Quito, Ecuador, speaking with staff members of UN Human Rights about the origins of RMAAD.

Sonia Viveros Padilla s’entretient avec des membres du personnel du HCDH au sujet des origines de la RMAAD à la Casa Ébano, à Quito, en Équateur. © ONU / Emily Mestanza

Pour Sonia Viveros Padilla, militante équatorienne d’ascendance africaine et membre de la RMAAD, le 25 juillet reste à la fois une commémoration et un appel politique.

« Ce jour-là, nous nous souvenons de nos luttes, mais nous réaffirmons aussi notre engagement », a-t-elle déclaré. « En tant que date politique, elle met en lumière le travail accompli pour affirmer notre identité et garantir le respect des droits individuels et collectifs des personnes d’ascendance africaine et, en particulier, des femmes d’ascendance africaine. »

Un réseau intergénérationnel

La RMAAD est rapidement devenue un puissant espace politique de réflexion, d’échange d’idées et de plaidoyer. Ses membres ont porté les revendications des femmes d’ascendance africaine à la Conférence mondiale sur les droits de l’homme organisée à Vienne en 1993, à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes qui s’est tenue à Pékin en 1995 et à la Conférence mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance qui y est associée organisée à Durban en 2001 et au cours de laquelle la Déclaration et le Programme d’action de Durban ont été adoptés. Aujourd’hui, ce réseau rassemble plus de 450 membres provenant de 30 pays.

L’une des plus grandes forces de ce réseau est son caractère multigénérationnel : les fondatrices de 1992 côtoient de jeunes leadeuses d’ascendance africaine.

« Les jeunes générations contribuent à renouveler les discours et les méthodologies, en intégrant l’intersectionnalité, la décolonialité, l’artivisme – le croisement de l’art et de l’activisme – ainsi qu’en utilisant les technologies et les outils d’information et de communication, afin de relier l’héritage de nos prédécesseuses à de nouveaux récits numériques et à de nouveaux instruments afin de défendre notre cause au niveau international », a expliqué Mme Wetherborn.

Le travail de ces jeunes générations, a-t-elle souligné, se concentre sur l’établissement d’alliances visant à déconstruire les stéréotypes raciaux et à consolider les réseaux de soutien.

Sonia Viveros Padilla, qui a rejoint la RMAAD par l’intermédiaire du mouvement des femmes équatoriennes d’ascendance africaine, décrit le réseau comme un lieu où les femmes d’ascendance africaine de toute la région peuvent comprendre les expériences de chacune et organiser leur mouvement au-delà des frontières.

« Nous avons appris à nous connaître et à nous reconnaître en tant que semblables : des femmes issues de territoires, de peuples d’ascendance africaine et de pays différents, mais confrontées à des problèmes similaires », a-t-elle expliqué. Elle a ajouté que le réseau était « un espace d’appartenance, et non d’affiliation », c’est-à-dire une plateforme grâce à laquelle les membres pouvaient partager leurs réalités nationales, élaborer des réponses communes et faire avancer un programme international ancré dans les revendications de leurs communautés.

Serrana Lamas Silva, a member of the Network of Afro-Latin American, Afro-Caribbean and Diaspora Women, stands beside a large black-and-white portrait of an ancestor at Centro Cultural Cuareim in Montevideo, Uruguay.

Serrana Lamas Silva, du Réseau des femmes afro-latino-américaines, afro-caribéennes et de la diaspora, se tient à côté de la photo d’une prédécesseuse au Centro Cultural Cuareim à Montevideo, en Uruguay. © HCDH / José Peralta

Pour les membres plus jeunes, comme Serrana Lamas Silva, cet échange intergénérationnel a en outre ouvert la voie à de nouvelles formes de participation.

« Ma génération s’est lancé un défi très important : perpétuer l’héritage des femmes qui ont ouvert la voie, tout en créant de nouvelles formes de participation pour la jeunesse d’ascendance africaine », a-t-elle indiqué.

« Nous veillons à ce que les jeunes participent au réseau et contribuent à en définir les priorités stratégiques », a-t-elle ajouté. « Nous mettons en avant des questions telles que l’éducation antiraciste, la participation politique des jeunes, le droit à la santé mentale, la mobilité humaine et la nécessité de générer des données selon une approche éthique, raciale et intersectionnelle. »

De l’activisme régional à la reconnaissance mondiale

Ce qui a commencé comme une décision collective de 300 femmes a progressivement gagné du terrain dans les programmes d’action des États et les instances multilatérales, notamment grâce à la première Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2015-2024).

De plus, en 2024, l’Assemblée générale des Nations Unies a officiellement déclaré le 25 juillet Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine.

Pour les membres du Réseau, le partenariat avec le HCDH est essentiel afin de traduire cette reconnaissance en changements concrets.

« [Ce partenariat] renforce les revendications de reconnaissance politique dans la région en leur apportant un soutien normatif et une protection internationale », a expliqué me Wetherborn. « Cela permet d’intégrer les droits des femmes d’ascendance africaine dans les instances décisionnelles, ce qui oblige les États à prendre des engagements et à rendre des comptes. »

Sonia Viveros Padilla a décrit le HCDH comme un allié stratégique du réseau, qui surveille les engagements internationaux des États, fournit une assistance technique et aide la société civile à collaborer avec les mécanismes relatifs aux droits humains.

Awa Dabo, Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme, a souligné qu’une action concertée des États était nécessaire pour que la situation des femmes et des filles d’ascendance africaine connaisse des progrès tangibles.

« Les États doivent respecter leurs obligations en matière de droits humains, c’est-à-dire lutter contre le racisme systémique, éliminer les obstacles à la participation, investir dans une éducation de qualité, dans les soins de santé et dans les perspectives économiques, collecter et utiliser des données ventilées, et veiller à ce que les femmes et les filles d’ascendance africaine aient véritablement voix au chapitre dans les décisions qui ont un impact sur leur vie », a déclaré Mme Dabo.

Dans la perspective de la deuxième Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine (2025-2034), Glenda Joanna Wetherborn a résumé les aspirations du réseau.

« Nous cherchons à obtenir la pleine reconnaissance, la justice et le développement pour les femmes et les filles d’ascendance africaine », a-t-elle signalé. Pour elle, cela signifie aller au-delà des engagements et les traduire en actions concrètes.

Bia Albernaz, conseillère en matière de lutte contre la discrimination raciale basée au Bureau du HCDH pour l’Amérique du Sud, a indiqué que le travail du Haut-Commissariat avec le Réseau des femmes afro-latino-américaines, afro-caribéennes et de la diaspora reposait sur un engagement commun visant à garantir la pleine réalisation des droits des femmes et des filles d’ascendance africaine.

« Le Bureau continuera de travailler aux côtés des membres du réseau pour renforcer la participation, soutenir le principe de responsabilité et aider à transformer les engagements en changements concrets dans la vie des femmes et des filles d’ascendance africaine », a-t-elle ajouté.

Chaque année, le 25 juillet, le réseau se souvient de la raison pour laquelle il a été créé : offrir aux femmes d’ascendance africaine un espace où se rassembler et honorer leur histoire et leurs revendications. La Journée internationale perpétue désormais leur action en la transformant en une lutte mondiale plus large qui prône la reconnaissance, l’égalité, la justice et un changement durable.

Journée internationale des femmes et des filles d’ascendance africaine 2026 – Message d’Awa Dabo, Haute-Commissaire adjointe des Nations Unies aux droits de l’homme