Finir ce que nous avons commencé : de Soweto 1976 à l’avenir des droits humains
12 août 2026
Cinquante ans après que les jeunes de Soweto sont descendus dans la rue pour réclamer la liberté et l’égalité, une nouvelle génération a marché à leurs côtés, non pas pour répéter l’histoire, mais pour poursuivre le travail inachevé.
Cette année, l’Afrique du Sud célèbre le 50e anniversaire du soulèvement de Soweto de 1976. Pour marquer cette journée, la fondation Seth Mazibuko a entrepris une marche différente sous le thème « Finir ce que nous avons commencé ».
La fondation a organisé cette marche commémorative qui a présenté l’anniversaire de juin comme une passerelle entre les générations. Cette initiative a reconnu que la lutte menée par la jeunesse de 1976 n’avait jamais eu pour seul but la liberté politique.
Elle a appelé à transmettre le flambeau des droits humains à une nouvelle génération de jeunes confrontés aux défis de leur époque, notamment les inégalités, le chômage, la violence et l’exclusion sociale.
Ce fut un symbole fort de voir les anciens militants du soulèvement marcher aux côtés de la jeunesse sud-africaine ; celles et ceux qui avaient autrefois marché pour l’égalité et la liberté confiaient désormais le travail inachevé de bâtir une société juste, égale et inclusive aux personnes qui façonneront les cinquante prochaines années.
Une marche de solidarité
Cet événement a également permis de renforcer l’esprit de solidarité intergénérationnelle grâce à une rencontre qui a réuni deux générations dont la vie a été marquée par certains des chapitres les plus sombres de l’apartheid.
Dans le cadre de cette marche organisée par le HCDH, des survivants du massacre de Sharpeville de 1960 ont rencontré des survivants du soulèvement de Soweto de 1976 et marché à leurs côtés. Ensemble, ils ont incarné un parcours continu des droits humains s’étendant sur des décennies de résistance et de sacrifice.
Sharpeville a exposé au monde la brutalité d’un système fondé sur l’oppression raciale, tandis que Soweto a démontré la détermination de la jeunesse sud-africaine à défier et enfin démanteler ce système. Cet événement a également illustré une vérité : la lutte pour la dignité humaine n’a pas commencé avec une génération et ne se termine certainement pas avec une autre. Leur présence a servi de rappel vivant que la mémoire, lorsqu’elle est partagée à travers les générations, devient une force pour la justice, la responsabilité et l’espoir.
« Rassembler des pierres pour construire le monde que nous voulons »
Il existe des personnes dont la vie devient un pont entre l’histoire et la conscience. Seth Mazibuko est l’une d’entre elles. Il était le plus jeune membre du comité des étudiants qui a mené la manifestation pacifique à Soweto.
Abigail Noko, représentante régionale du HCDH pour l’Afrique australe, a rencontré Seth Mazibuko lors d’une récente visite au mémorial et musée Hector Pieterson à Soweto.
« Parler avec lui, c’est rencontrer non seulement un survivant de l’un des moments cruciaux de l’Afrique du Sud, mais aussi un homme qui a passé des décennies à insister pour que le travail de mémoire aille au-delà des lamentations », a déclaré Abigail Noko. « Il doit fournir une base sur laquelle nous appuyer pour aller de l’avant et nous inciter à agir. »
Cette année marque les 50 ans du soulèvement de Soweto du 16 juin. Ce jour-là, des centaines d’étudiants se sont levés pour protester contre un système d’apartheid injuste et déshumanisant en Afrique du Sud. Ils ont manifesté pacifiquement contre l’utilisation obligatoire de l’afrikaans comme langue d’enseignement que le système d’éducation bantoue imposait aux élèves noirs. La police a répondu par des gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. Beaucoup ont payé de leur vie.
Cette année marque également les 30 ans de l’adoption de la Constitution, un document né du sacrifice, de la lutte et d’une croyance en la dignité humaine.
Pour commémorer cette date importante, le bureau du HCDH en Afrique australe et SABC News ont lancé la campagne « #30for30 », qui marque les 30 ans de la Constitution sud-africaine et met en lumière les 30 articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme.
La campagne souligne également que la Déclaration universelle des droits de l’homme et la Constitution de l’Afrique du Sud ont toutes deux été adoptées le 10 décembre et sont des symboles forts d’espoir et des références pour les droits humains et la démocratie constitutionnelle.
Peu de personnes incarnent plus profondément le lien entre ces deux étapes importantes que Seth Mazibuko, dont la vie est marquée à la fois par la lutte pour la liberté et par la quête de justice, telles qu’elles sont défendues par les valeurs universelles des droits humains.
Sa vie nous rappelle que la Constitution et la Déclaration universelle des droits de l’homme ne sont pas nées de manière isolée, mais qu’elles ont été forgées grâce au courage de gens ordinaires qui ont osé imaginer un monde différent.
Seth Mazibuko a raconté sa propre histoire avec un symbolisme inoubliable. Il a dit qu’il voulait qu’on se souvienne de lui comme d’un homme ayant vécu dans « trois âges de pierre ».
Le premier a eu lieu le 16 juin 1976, lorsqu’il lançait des pierres contre la police de l’apartheid. Le second était sur l’île de Robben, où les prisonniers devaient casser des pierres dans la carrière. Le troisième et actuel âge de pierre est marqué par ce qu’il appelle son « âge de la collecte de pierres ». C’est le moment de rassembler des pierres pour construire une meilleure Afrique du Sud, un monde meilleur et un avenir fondé sur les droits humains. Les pierres, en tant que métaphore, capturent avec force à la fois la violence du passé de l’Afrique du Sud et la responsabilité morale de son présent.
Alors que la discussion entre Abigail Noko et Seth Mazibuko s’est tournée vers ce jour fatidique, Seth a expliqué que pour lui, le 16 juin n’était pas un anniversaire comme les autres. Ce qui s’est passé ne l’a jamais quitté.
Il a évoqué cette soirée où il s’est rendu à l’hôpital, qui porte aujourd’hui le nom de Chris Hani Baragwanath, s’attendant à trouver des étudiants blessés dans les services, mais les a découverts à la morgue. Leurs uniformes scolaires noir et blanc étaient tachés de sang. Il se souvenait que les enfants n’étaient plus appelés par leurs noms, mais par des numéros.
Seth Mazibuko a parlé du 16 juin non seulement comme d’une tragédie, mais aussi comme d’un tournant dans la construction de l’Afrique du Sud démocratique. Ses paroles ont été dures et percutantes. « Le 16 juin », a-t-il déclaré, a été comme « un livre face à une balle. » Selon lui, le sang versé par ces enfants a aidé à garantir le scrutin. La liberté a été obtenue au prix d’un sacrifice insupportable.
Si Seth Mazibuko porte le fardeau de la mémoire, il incarne aussi l’autorité d’une vérité vécue. Il avait 15 ans et un jour lorsque le 16 juin a changé sa vie pour toujours.
« Je me demandais ce qui lui avait donné le courage de s’impliquer à un si jeune âge. Sa réponse est édifiante », a déclaré Abigail Noko. « Se battre pour les droits humains, a-t-il dit, n’était pas un choix. C’était la réponse inévitable d’enfants grandissant dans un système brutal qui niait leur humanité. »
Alors qu’ils traversaient le musée, il a évoqué le souvenir d’une famille de 13 personnes vivant dans une maison de deux pièces à Orlando East. Il a parlé de surpopulation, de faim, de traitements indignes et des manifestations quotidiennes de l’apartheid. Il a parlé des enfants noirs traités comme si leurs droits, leur enfance et leur avenir n’avaient pas d’importance. Il s’agissait d’attaques contre des vies ordinaires.
L’histoire de Seth Mazibuko est aussi celle d’une grande persévérance. Il a été arrêté à 16 ans et placé en isolement. Cette démarche avait pour but d’humilier et de briser les corps et les esprits des jeunes.
Dans l’un des moments les plus poignants de leur conversation, il se souvint comment, en isolement, il incitait des fourmis à boire le café renversé sur le sol et les observait pour faire passer le temps. Même les mouches lui tenaient compagnie. C’est une image presque trop douloureuse à supporter, un enfant prisonnier privé de contact humain au point que les insectes sont devenus ses compagnons.
Sur l’île de Robben, il a rencontré ce qu’il appelait « les plus grands esprits, les plus grands leaders ». Des leaders qui lui ont dit, ainsi qu’à d’autres de sa génération, encore et encore : « étudiez, étudiez, étudiez. Nous avons un pays à diriger. » De la prison a découlé l’éducation. Il a terminé sa scolarité derrière les barreaux, a poursuivi ses études et est revenu servir sa communauté, notamment en tant que directeur d’école.
Aujourd’hui, alors que l’Afrique du Sud célèbre 30 ans de démocratie constitutionnelle, la vie de Seth Mazibuko suscite à la fois fierté et malaise. Fierté, car la Constitution est l’un des documents sur les droits humains les plus visionnaires au monde. Malaise, car la réalité quotidienne de nombreux jeunes sud-africains reflète encore les inégalités contre lesquelles le mouvement du 16 juin s’est levé. La pauvreté, l’exclusion, le chômage, les disparités éducatives, la violence fondée sur le genre et l’effritement de la confiance sociale continuent de menacer la promesse de liberté et de justice sociale.
C’est pourquoi la métaphore de Seth Mazibuko de « rassembler des pierres » semble si urgente. Il s’agit de construire un pays tel qu’il est envisagé dans la Constitution. Il s’agit de rassembler les pierres de la mémoire, de la justice, de l’égalité, de l’éducation, de la responsabilité et de la solidarité, et de construire une société qui prospère.
Abigail Noko a ajouté que le 16 juin devait être bien plus qu’une commémoration. Il doit être honoré à travers des politiques et des opportunités propices aux jeunes, par l’accès à l’éducation et par des dirigeants qui comprennent que les droits humains ne sont pas des promesses faites sur le papier. Ils trouvent un sens dans les expériences vécues.
« Ma rencontre avec [Seth] m’a arrêtée net. » C’était profondément émouvant, mais plus encore, cela révélait quelque chose de profond sur sa contribution à la démocratie », a déclaré Abigail Noko.
Sa rencontre lui a appris quelque chose de vital sur la contribution de Seth Mazibuko à la démocratie. Selon elle, il ne s’est pas contenté de résister ; il a assumé ses responsabilités, a consacré sa vie à l’humanité et a incarné une sagesse forgée par la lutte.
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Il appartient à une génération qui a combattu un ordre injuste puis a pris au sérieux la tâche de construire un ordre juste.
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Abigail Noko, représentante régionale du HCDH pour l’Afrique australe
« Cinquante ans plus tard, sa voix porte toujours l’autorité de quelqu’un qui a vu ce qui se passe lorsqu’une société refuse à ses enfants leur humanité. » Son message est simple, mais difficile : ensemble, nous devons construire le monde que nous voulons et ne jamais permettre qu’une telle injustice se reproduise. »