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Les sages-femmes autochtones du Guatemala mises à l’honneur et la reconnaissance des systèmes de santé autochtones

06 août 2026

Un grand groupe de femmes pose dans une salle, certaines debout et d’autres assises par terre. Presque toutes portent des huipils brodés et des jupes tissées de différents motifs. Devant elles, au centre, se trouve une offrande circulaire composée de fleurs colorées, de branches vertes et de bougies allumées. Deux drapeaux guatémaltèques et un écran sont visibles en arrière-plan.
© HCDH

Une femme s’est présentée avec des douleurs à l’estomac. Rosa Marina Chex lui a massé le ventre et lui a posé une seule question : depuis combien n’avez-vous pas eu vos règles ? Quelques jours, a répondu la femme. Vous êtes enceinte depuis quatre jours, lui a dit Rosa. Elle a été elle-même surprise par ce qu’elle venait de dire.

« Qu’est-ce qui m’a poussé à lui dire cela ? C’est resté dans ma tête, » se souvient-elle.

Deux mois plus tard, la femme revenait pour le confirmer.

Rosa Marina Chex est originaire de San Juan Comalapa, à Chimaltenango, au Guatemala. Depuis 36 ans, cette sage-femme autochtone aide des enfants à venir au monde. Elle dirige le mouvement national des sages-femmes Nim Alaxik et a été l’une des six personnes à l’avoir fondé.

« À ma naissance, la sage-femme de ma mère lui a expliqué que je venais au monde avec un don, et ma mère m’a dit que je devais accomplir quelque chose avec ce don », a déclaré Rosa. « Quand mon mari est décédé, j’ai commencé à rêver que je m’occupais de femmes et que je le faisais bien. Je ne savais pas en quoi consistait ce travail, mais je m’occupais bien d’elles. »

Ce savoir, acquis dans ses rêves, à la maison, aux côtés d’une autre femme qui avait déjà ce don, est ce que l’ONU a décidé de placer cette année au cœur de la Journée internationale des peuples autochtones, célébrée tous les ans le 9 août.

Le thème de 2026, « Hommage aux sages-femmes autochtones : la protection de la vie et du bien-être », reconnaît les sages-femmes autochtones comme l’une des expressions les plus marquantes des systèmes de savoir des peuples autochtones : elles transmettent leur savoir de génération en génération, préservent l’identité culturelle et assurent la pérennité d’un mode de vie.

« Mettre à l’honneur les sages-femmes autochtones, ce n’est pas seulement une question de santé, mais aussi une question de justice, de survie culturelle et de droits humains », a déclaré Hernán Vales, Chef de la Section des peuples autochtones et des minorités du HCDH. « Cela permet de protéger le droit à la santé, la dignité et l’autodétermination, et de renforcer la résilience ainsi que le bien-être des peuples autochtones. »

Rosa Marina Chex, an Indigenous midwife, sits talking at an outdoor table. She wears a huipil embroidered with floral motifs in blue, purple and green, and a dark blue waistcoat bearing her organisation's emblem. An open notebook lies in front of her.

Rosa Marina Chex, sage-femme autochtone guatémaltèque et cheffe du mouvement national des sages-femmes Nim Alaxik. © HCDH

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Cela ne date pas pas d’hier ou d’avant-hier, mais de milliers et de milliers d’années. Depuis le premier homme, il y a eu la sage-femme.

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Rosa Marina Chex, sage-femme autochtone guatémaltèque

Malgré cette contribution, les sages-femmes autochtones continuent de faire face à des barrières structurelles et à la discrimination qui les empêchent d’être reconnues au sein des systèmes de santé formels et laissent des milliers de femmes sans accès à des soins appropriés. Au Guatemala, les sages-femmes autochtones dénoncent cette situation depuis de nombreuses années.

Dans les communautés rurales, les sages-femmes autochtones accompagnent souvent les femmes pendant toute leur grossesse, du premier mois jusqu’à la naissance et durant les semaines qui suivent, généralement sans être rémunérées.

« Nous avons 35 compétences : nous sommes infirmières, nous sommes conseillères, nous apportons un soutien moral », a expliqué Rosa.

On leur a dit qu’elles étaient sales

Dès que l’on franchit la porte d’un centre de santé publique, les savoirs autochtones semblent ne plus avoir aucune valeur. Les médecins ont dit à Rosa et à ses collègues qu’elles étaient sales. Elles ont été forcées de parler espagnol. On leur a confisqué leurs plantes médicinales, et on a demandé aux patientes quel zacate (nourriture pour animaux) on leur avait donné. Une jeune femme souhaitant s’enregistrer a été refoulée, car elle n’était pas mariée : comment pourrait-elle aider les gens, lui a-t-on dit.

« Dans certains centres de santé et postes de santé, le racisme est encore présent », a constaté Rosa. « Il existe encore beaucoup de discrimination et de violences obstétricales. »

Pour le bureau du HCDH au Guatemala, le problème est plus profond.

« La santé autochtone a tendance à être considérée comme une pratique subordonnée au système étatique, plutôt que reconnue comme un système de savoirs, de principes et de pratiques ancestraux », a déclaré Viviana de la Peña, représentante du HCDH au Guatemala.

Il ne s’agit pas d’un cas isolé ou limité à ce pays. Selon Hernán Vales, les sages-femmes autochtones font face à des barrières structurelles, dont la discrimination, la stigmatisation et la criminalisation, fondées sur plusieurs motifs et facteurs croisés, notamment la race et le genre.

Ce que les sages-femmes autochtones demandaient, ce n’était pas la permission de travailler. Il s’agissait pour le système de santé de reconnaître ce qu’elles faisaient déjà, et pour les femmes autochtones de recevoir des soins de santé sans avoir à choisir entre leur langue et un hôpital. En d’autres termes, des soins de santé exempts de discrimination, respectant l’autodétermination des peuples autochtones et s’attaquant activement aux inégalités historiques et systémiques.

« On doit nous comprendre, et on doit respecter notre travail en tant que sages-femmes », a affirmé Rosa.

Angelina Sacbajá est également une sage-femme autochtone et l’une des fondatrices de Nim Alaxik, que l’on peut traduire par « sagesse ancestrale ». Elle dirige les interactions du mouvement avec le Ministère de la santé, qu’elle définit comme une lutte « pour la dignité, pour la reconnaissance légitime du système de santé autochtone et de la sage-femme autochtone en particulier. »

Les sages-femmes autochtones ont défendu ces idées devant la Cour constitutionnelle et ont gagné.

« Le papier soutient tout »

« Nous, les grand-mères sages-femmes, avons obtenu un amparo », a déclaré Angelina Sacbajá, faisant référence à la décision de protection constitutionnelle. « Cela signifie que le Ministère de la santé doit se conformer au jugement prononcé. »

Puis vinrent une loi reconnaissant leur dignité – « le cœur de notre loi est la dignité », selon elle – et une journée nationale au calendrier, le 19 mai. « C’est à ce moment-là que nous nous sommes senties reconnues. Nous avions le sentiment d’avoir de l’importance pour ce pays. »

Viviana De la Peña a fait remarquer que sept ans après ce jugement, le bureau du HCDH a constaté une prise de conscience encore limitée de son contenu parmi le personnel de santé, et a reçu des informations selon lesquelles les sages-femmes autochtones feraient encore face à des pratiques discriminatoires.

« Cela montre l’écart qui existe encore entre la reconnaissance formelle de leurs droits et leur expérience quotidienne dans les services de santé », a-t-elle déclaré.

Angelina Sacbajá a déclaré que le Ministère a tenté certaines mesures, mais que celles-ci « ont été très insuffisantes », car elles ne parviennent pas au niveau local.

« Ce qu’il faut, c’est une feuille de route avec des échéances, un budget et du personnel spécifiquement assigné, comme l’établit le jugement, afin d’avancer vers la pleine conformité avec les mesures de réparation », a déclaré Viviana.

Rosa a le même ressenti depuis la salle d’accouchement.

« Beaucoup de choses ont changé avec le jugement […]. Pas à 100 %, disons 40 % », a-t-elle déclaré. « Peut-être avons-nous déjà le jugement écrit sur le papier, car le papier soutient tout. »

Tout n’est pas resté inchangé. Les médecins ne disent plus qu’elles sont sales, a constaté Rosa. À Chimaltenango, lorsqu’un problème survient avec une sage-femme, Nim Alaxik s’assoit avec la direction de la santé pour le résoudre : « nous ne leur permettons plus de lui retirer sa carte [de sage-femme]. Nous avançons petit à petit. »

D’autres choses n’ont pas changé.

« Nous travaillons beaucoup sur la violence obstétricale », a déclaré Rosa. « Car quand les patientes quittent l’hôpital, elles nous racontent comment elles ont été traitées. »

Ce qui inquiète le plus Rosa, ce sont les césariennes qu’elle juge inutiles, et les conséquences qui en découlent.

« Ils se contentent de faire sortir le bébé, et quand la femme rentre chez elle, personne ne lui dit quels soins elle doit recevoir, quels aliments elle doit manger à cause de la césarienne. La sage-femme est celle qui finit par aider la patiente. »

Hernán Vales a déclaré que traiter les sages-femmes autochtones comme secondaires ou incompatibles avec la médecine formelle peut nuire au droit à la santé, à l’identité culturelle et à l’autodétermination, et peut compromettre le droit au consentement préalable, libre et éclairé.

Au-delà de la reconnaissance formelle

Selon les sages-femmes autochtones, les outils créés pour les accréditer (la carte de sage-femme, la formation offerte par le système étatique) sont devenus, en pratique, des mécanismes de contrôle.

Les sages-femmes autochtones ont déclaré au HCDH que ces outils « ne respectent pas toujours adéquatement les droits collectifs des peuples autochtones à l’autonomie et à l’autodétermination », a déclaré Viviana De la Peña.

En conséquence, a-t-elle ajouté, certaines pratiques institutionnelles peuvent dévaloriser le rôle des sages-femmes autochtones et affaiblir les systèmes de santé des peuples autochtones.

Ce que Nim Alaxik veut, c’est un contrepoids auquel se rapporter. Une version accessible et résumée du jugement existe déjà, publiée par la Cour constitutionnelle avec le soutien du HCDH. Le mouvement souhaite que ce texte soit disponible au format poche et en langues autochtones, de manière à pouvoir être conservé avec la carte, «  ainsi, quand [une sage-femme] se rend aux services de santé et sent que ses droits sont violés, elle peut dire : voici ce document, où il est écrit que vous devez me respecter », a expliqué Angelina Sacbajá.

En outre, les universités ont commencé à offrir une qualification technique en soins obstétriques, ce que Nim Alaxik interprète comme une forme de dépossession.

« Cela vise uniquement à nous dépouiller de notre savoir », a déclaré Angelina. « Un professionnel va se charger du travail que nous faisons. »

Dans de nombreux départements, a-t-elle ajouté, la plupart des naissances ont désormais lieu à l’hôpital, et on ne souhaite plus que les sages-femmes assistent aux accouchements dans la communauté.

« Laissez-nous travailler »

Comme l’explique Angelina, ce qu’elles demandent est plus simple qu’il n’y paraît : « qu’on nous laisse travailler, que nous puissions poursuivre nos activités et mener à bien notre mission. »

Le Guide technique du HCDH sur la mortalité maternelle recommande de privilégier les approches communautaires dans les zones rurales, de reconnaître officiellement les sages-femmes autochtones et de leur garantir des conditions de travail décentes. Cette démarche peut contribuer à réduire la mortalité maternelle et infantile et permettre aux femmes autochtones de se sentir respectées et valorisées lorsqu’elles sollicitent des soins.

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Les États doivent aller au-delà de la simple réglementation des sages-femmes autochtones pour les inclure activement en tant que partenaires.

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Hernán Vales, Chef de la Section des peuples autochtones et des minorités, HCDH

Le HCDH s’apprête désormais à rencontrer les responsables actuels du Ministère de la santé afin de leur faire part des éléments qu’il a rassemblés concernant les droits des sages-femmes autochtones et d’examiner ensemble les mesures nécessaires à l’application du jugement. Viviana De la Peña espère que ces échanges permettront à l’État de faire un pas de plus vers la garantie du droit à des soins de santé sexuelle et procréative qui respectent les cultures des femmes autochtones.

En attendant, les sages-femmes continuent d’aller de l’avant. Elles furent témoins d’honneurs lors de la fondation d’un réseau national de sages-femmes à Chiapas, au Mexique. Elles ont participé pour la première fois à l’Instance permanente des Nations Unies sur les questions autochtones avec le soutien du bureau du HCDH au Guatemala, puis y sont retournées trois années de suite en présentant leurs propres recommandations. 

Angelina Sacbajá, an Indigenous midwife, sits beside another participant in a United Nations conference room. On the desk, an electronic sign reads “Indigenous Peoples Organization”, and a banner bearing her organisation’s emblem hangs from the front of the desk.

Angelina Sacbajá (à gauche), sage-femme autochtone et fondatrice du mouvement national des sages-femmes Nim Alaxik, à l’Instance permanente sur les questions autochtones des Nations Unies, au Siège des Nations Unies à New York, en 2023. © HCDH

C’est à l’issue d’une réunion à New York qu’est née l’idée de former une alliance continentale des sages-femmes autochtones des Trois Amériques. C’est précisément ce que l’Instance permanente recommande aux États : établir des mécanismes visant à autonomiser les femmes et les filles autochtones et à promouvoir leur participation à la prise de décision à tous les niveaux. Elles n’ont attendu personne pour les établir.

« Aujourd’hui, les Nations Unies ont consacré le 9 août à un thème sur les sages-femmes autochtones », a déclaré Angelina Sacbajá. « Et pour nous, c’est une grande reconnaissance : c’est le sentiment d’être protégées, respectées, et de voir que notre système de santé autochtone bénéficie de la place qu’il mérite, en tant que peuples autochtones, en tant que sages-femmes et en tant que mères. »

A group of twelve people stands on the grass of a garden in front of a white wall. Most are women wearing embroidered huipiles and woven skirts; several wear dark waistcoats. One holds a white banner with text and an emblem. The group also includes a young man and a woman seated in a wheelchair.

Une réunion de travail entre le bureau du HCDH au Guatemala et le mouvement national des sages-femmes Nim Alaxik. © HCDH