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Nonhlanhla Dlamini, défenseuse des droits des femmes : les droits humains en 5 questions

29 novembre 2024

Nonhlanhla Dlamini, directrice exécutive de SWAGAA, assise à son bureau
© Kirsty Teichert

Nonhlanhla Dlamini dirige SWAGAA (Swatini Action Group Against Abuse), une organisation locale swazie dont l’objectif principal est de mettre fin à la violence sexiste dans le pays. Depuis 1990, SWAGAA assure la prise en charge, le soutien, la prévention et l’accès à la justice des victimes et des survivantes de la violence fondée sur le genre, en travaillant avec les dirigeants et les membres des communautés, ainsi qu’avec le Gouvernement, et en fournissant un appui psychologique aux victimes. À l’occasion de la Journée internationale des défenseuses des droits humains, Mme Dlamini répond à cinq questions sur la violence fondée sur le genre, ses sources d’inspiration et les raisons pour lesquelles elle a dû devenir l’une des premières femmes élues au Parlement de l’Eswatini.

1. À quel moment précis ou à cause de quel événement spécifique avez-vous décidé de vous consacrer à la violence à l’égard des femmes ?

Ce qui m’a motivé, c’est un incident au cours duquel une de mes proches a été violée à l’âge de 6 ans par un inconnu. Nous n’avons pas trouvé la personne responsable. SWAGAA existait déjà, mais je n’en avais pas entendu parler. Puis, en 1997, j’ai vu une annonce [pour SWAGAA] dans le journal. Quand j’ai vu l’annonce, j’ai su que c’était là que je devais travailler. Lorsque j’ai appris ce que l’organisation faisait, je me suis demandé pourquoi je n’en avais pas entendu parler quand j’ai eu ce problème, car je n’avais eu personne à qui parler. Personne pour m’épauler. Nous avons porté plainte auprès de la police, mais rien n’est arrivé. C’est tellement frustrant. Donc quand j’ai vu le poste à pourvoir, j’ai tout de suite su que c’était pour moi. Mon objectif était de faire connaître SWAGAA. Je voulais que SWAGAA soit connu de tout le monde.

2. Comment restez-vous motivée et avez-vous déjà remis en question votre choix de carrière ?

Plusieurs fois, en particulier quand j’ai été blessé, car, vous savez, ce monde peut parfois être très cruel. Et je me demande comment des gens peuvent faire autant de mal. Il m’arrive d’être déprimée. Et quand je suis vraiment déprimée, je me demande pourquoi je fais ce travail, avec tous les métiers que je pourrais faire. Après, voir ce qu’on arrive à faire me motive. Si j’arrête, qui va le faire ? J’ai un peu l’impression que c’est mon devoir, car il y a beaucoup de gens qui comptent sur moi pour les aider. Alors je continue.

3. Vous avez été élue au Parlement au début des années 2000 ; vous étiez la première femme dans votre circonscription. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous présenter ?

J’ai participé à l’élaboration du projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence domestique, qui aurait nécessité beaucoup de travail de plaidoyer pour aboutir à une législation. Et cela ne s’est pas fait. À chaque fois, on nous disait c’est en cours, c’est en cours, mais rien ne s’est passé. Notre erreur, en tant que défenseuses et militantes des droits des femmes, c’est qu’on pousse toujours les autres à mettre en place les changements qu’on veut voir se produire. J’ai donc pris une décision : j’ai décidé de me présenter aux élections suivantes, en 2008. J’ai réalisé que pendant des années, j’avais participé à des campagnes pour faire élire des femmes, pour inciter les femmes à se présenter aux élections. Or je n’avais jamais envisagé de me présenter moi-même un jour. Je me suis portée candidate pour le Parlement. J’ai été nommée. On m’a largement soutenue. J’ai gagné les élections primaires. Les élections primaires ont été faciles, mais ce ne fut pas le cas des élections secondaires. J’étais la seule femme contre sept hommes. C’était très dur. C’était très éprouvant. Mais j’ai tout donné. J’ai gagné les élections, et je suis devenue membre du Parlement. La première motion que j’ai déposée au Parlement réclamait au Ministre de la justice de présenter le projet de loi sur les infractions sexuelles et la violence domestique dans un délai de 30 jours. Il a répondu non. J’ai continué à demander, et c’est ainsi que le projet de loi a finalement été examiné par le Parlement.

4. Tournons-nous à présent vers l’avenir. Si vous pouviez changer une chose concernant la situation de la violence fondée sur le genre en Eswatini, quelle serait-elle ?

La chose la plus importante est la prévention. La prévention, car une fois que quelque chose est arrivé, il est difficile de se reconstruire. Et ce ne sont pas seulement les survivantes, mais aussi les membres de la famille qui deviennent des victimes secondaires. Tout le monde est touché. Pour moi, le plus important est donc de mettre l’accent sur la prévention afin de réduire les cas de violence fondée sur le genre. Car une fois que quelque chose se produit, on ne peut plus le contenir. Alors, on peut fournir un appui psychologique et de l’aide, mais cela ne changera pas ce qui s’est passé. Je dis souvent que les personnes arrivent ici avec des bagages [émotionnels]. Mais lorsqu’on parle avec elles, on se rend compte de tout le poids qu’elles portent réellement. Dans l’organisation, on répète souvent que si tu arrives avec un [lourd] bagage, tu ne pourras peut-être pas le poser quand il sera temps de partir, mais on pourra au moins t’aider à le rendre plus léger. Pour que tu puisses avancer avec. Certaines personnes se suicident, car leurs bagages sont si lourds qu’elles ont l’impression qu’il n’y a plus d’espoir. Notre devoir est de faire en sorte que ce bagage paraisse plus léger.

5. Vous considérez-vous comme une défenseuse des droits humains ? Pourquoi ?

Bien sûr, à 100 %. Je me considère comme une défenseuse des droits humains, car, en raison de la nature de mon travail, je défends en permanence les droits des femmes et des filles en Eswatini. Et j’ai plaidé en faveur d’une meilleure législation dans le pays. J’ai plaidé pour de meilleurs services dans le pays, que ce soit dans la police, dans les hôpitaux ou dans le système judiciaire. J’ai fait tout ce que je pensais devoir faire pour défendre les droits des citoyens et citoyennes de ce pays. Et je dis cela parce que je sais aussi que les gens croient en moi. J’ai fait tout ce qui était en mon pouvoir pour défendre les droits des femmes et des enfants dans le pays.