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Face aux réactions hostiles observées à travers le monde, le combat s’organise pour protéger le droit au travail et la place des femmes dans la sphère dirigeante

03 août 2026

Une femme aux cheveux foncés attachés en queue de cheval, vue de dos et de profil, parle dans un microphone tout en faisant un geste avec sa main levée. Elle s’adresse à un public assis sur des gradins en bois dans un auditorium.
© Getty Images

Les femmes représentent la moitié de la population mondiale. Pourtant, elles sont encore loin d’être sur un pied d’égalité dans le monde du travail. En 2025, seulement 48 % des femmes ont participé au marché du travail formel, contre 73 % des hommes, selon l’Organisation internationale du Travail (OIT). Celles qui travaillent gagnent en moyenne 23 % de moins et continuent d’assumer plus des trois quarts des soins non rémunérés dans le monde.

L’écart se creuse dans la sphère dirigeante. Les femmes occupent seulement environ 38 % des postes de responsabilité et un peu plus de 31 % des rôles de direction dans le monde, et sont peu représentées dans les secteurs qui façonnent la croissance future, l’innovation et l’investissement, selon le Programme des Nations Unies pour le développement.

Le HCDH s’efforce d’éliminer les obstacles qui empêchent les femmes d’accéder à l’emploi, de progresser dans leur carrière et de parvenir à des postes de direction. 

Le Conseil des droits de l’homme à Genève, en Suisse, a récemment organisé une table ronde à l’occasion de la Journée internationale des femmes dans la diplomatie.

La discussion s’est concentrée sur le droit au travail des femmes et leur représentation dans la prise de décision. Peggy Hicks, directrice de la Division des activités thématiques et des procédures spéciales du HCDH, a souligné les obstacles systémiques qui continuent de façonner le parcours des femmes vers les postes de direction.

« Les barrières n’affectent pas toutes les femmes de la même manière. Le privilège peut les atténuer, et la discrimination peut les multiplier. Pour certaines femmes, le mécanisme d’évolution vers des postes à responsabilité est difficile. Pour d’autres, il est défectueux. Pour beaucoup, il est tout à fait inexistant », a-t-elle déclaré.

Selon le droit international des droits humains et les normes internationales relatives aux droits du travail, le droit au travail est un droit universel et une pierre angulaire de l’autonomie, de la dignité et de l’exercice des autres droits humains par les femmes. Sa pleine réalisation détermine si les femmes peuvent accéder au marché du travail et progresser dans leur carrière pour atteindre des postes de direction dans les sphères publique, économique et multilatérale.

Toutefois, malgré certains progrès, a ajouté Peggy Hicks, les femmes continuent de faire face à un accès inégal à un travail décent ; à des responsabilités non rémunérées en matière de soins et d’assistance ; à la discrimination, notamment fondée sur la race, l’origine ethnique, le handicap, l’âge, la situation socioéconomique ou le statut migratoire ; à des emplois informels et précaires dépourvus de protection sociale ; aux stéréotypes ; aux plafonds de verre ; ainsi qu’à la violence et au harcèlement sur le lieu de travail.

Ouvrir la voie aux femmes vers les postes à responsabilité au Maroc

Wafa Asri, Secrétaire générale de la formation professionnelle au Ministère de l’emploi du Maroc. Ingénieure de formation, elle possède plus de 30 ans d’expérience dans la formation professionnelle, l’emploi et le développement du capital humain.

Selon elle, le fait de grandir dans un environnement familial favorable où l’enseignement supérieur était valorisé, ainsi que le soutien d’alliés et de superviseurs qui croyaient en son potentiel tout au long du parcours, l’ont aidée à obtenir la carrière qu’elle a aujourd’hui.

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Wafa Asri s’est efforcée d’aligner les politiques nationales du Maroc sur les normes internationales du travail, en particulier celles relatives aux droits fondamentaux, au dialogue social et à l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi. © Wafa Asri

Wafa Asri a dû répondre à des exigences professionnelles importantes nécessitant un équilibre entre vie professionnelle et vie privée ainsi qu’une gestion stratégique de ses responsabilités. Le principal défi, selon elle, n’était pas la charge de travail mais de prouver la légitimité des femmes dans les rôles de direction, en particulier auprès des collègues ayant des idées traditionnelles sur le genre et les rôles de direction.

« Les capacités de direction ne se revendiquent pas simplement ; elles se construisent jour après jour grâce aux compétences, à la cohérence et en montrant l’exemple », a-t-elle expliqué.

Tout au long de sa carrière, Wafa Asri a soutenu des réformes promouvant les normes internationales du travail, les droits fondamentaux, le dialogue social et l’égalité des chances.

Elle a lancé le programme Direction Femmes dans l’ensemble du Ministère pour aider les femmes à développer des compétences en matière de direction et à se préparer à des postes à responsabilité. L’initiative a aidé à faire passer la représentation des femmes aux postes de direction de moins de 20 % à environ 35 %, nombre d’entre elles ayant été promues à des fonctions stratégiques.

Pour Wafa Asri, les programmes de mentorat fonctionnent en parallèle avec un ensemble plus large d’outils : des cadres législatifs pour l’égalité et la parité entre les sexes, des aménagements de travail flexibles et des services de garde d’enfants, des initiatives ciblées d’autonomisation économique, des campagnes de sensibilisation contre les stéréotypes de genre, des modèles féminins visibles, et des mesures temporaires de discrimination positive pour renforcer la représentation.

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Lorsque des programmes spécifiques et dédiés existent et que des efforts de sensibilisation sont mis en place, les femmes sont encouragées à sortir de leur zone de confort.

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Wafa Asri, Secrétaire générale de la formation professionnelle au Ministère de l’emploi du Maroc

« Beaucoup de ces femmes ne pensaient même pas à l’époque à commencer une activité génératrice de revenus. Et lorsqu’elles commencent ces activités, ce n’est pas seulement pour elles-mêmes, mais aussi pour leurs communautés. Cela profite à leurs foyers, à leurs maris, à leurs enfants, et cela entraîne également un changement de mentalité au sein de la famille. »

Wafa Asri a également souligné que le Maroc a réalisé d’importants progrès dans le domaine de l’éducation des femmes. Lorsqu’elle faisait ses études d’ingénierie, les filles représentaient moins de 15 % de la cohorte. Elles représentent à présent plus de 50 %. Les 10 meilleurs résultats au baccalauréat national comprenaient 10 filles, et les écoles d’architecture comptent désormais plus de 70 % de femmes. Les femmes au Maroc sont en train de briser les barrières dans des secteurs traditionnellement dominés par les hommes, comme l’exploitation minière, l’automobile et l’aéronautique.

Les femmes à la tête de la réforme du travail domestique en Tanzanie

Chaque jour, des milliers de femmes et de filles fournissent des soins et une assistance essentiels dans les foyers à travers toute la Tanzanie. Travaillant principalement dans l’économie informelle, les travailleuses domestiques continuent de faire face à de faibles salaires, de longues heures de travail, une protection sociale limitée, ainsi qu’à des obstacles pour signaler les violences et accéder à la justice.

Toutefois, des mesures progressives ont été prises par le Gouvernement pour apporter des changements transformateurs grâce à des révisions des règlements sur le salaire minimum et des réformes continues du droit du travail et des politiques. Cela témoigne d’une reconnaissance croissante de la nécessité de protéger les droits des travailleuses domestiques et de promouvoir des approches sensibles au genre pour un travail décent.

Grâce à des partenariats stratégiques, le HCDH collabore avec des interlocuteurs nationaux pour surmonter les divers obstacles au droit au travail des femmes et promouvoir une meilleure représentation dans la prise de décision. En Tanzanie, le HCDH, l’OIT et le Tanzania Labour College soutiennent les travailleuses domestiques dans l’exercice de leurs droits. Cela inclut le renforcement de leur autonomie, de leur participation et de leurs capacités de direction entre pairs afin de faire entendre la voix de ceux qui n’ont pas la parole dans le monde du travail et d’améliorer la capacité des arbitres et des responsables du travail à y répondre.

« La majorité des travailleuses domestiques n’étaient pas prêts à être appelés comme tel. C’était honteux de se faire appeler travailleuse domestique, mais grâce à une sensibilisation continue à leur égard et à celle de la société, elles peuvent désormais affirmer : “Je suis une travailleuse domestique” sans crainte », a déclaré Asteria Mathias, fonctionnaire juridique et coordinatrice de projet pour le Syndicat des travailleurs du secteur de la conservation, de l’hôtellerie, des employés de maison et des travailleurs assimilés (CHODAWU), un syndicat tanzanien représentant les travailleurs domestiques, les travailleurs de la conservation et de l’hôtellerie, ainsi que les travailleurs d’autres secteurs.

Le travail domestique, un secteur largement dominé par les femmes en Tanzanie, a longtemps été négligé jusqu’à ce que les efforts de sensibilisation lui valent une plus grande reconnaissance, a fait remarquer Asteria Mathias.

Si les femmes restent sous-représentées dans la direction du syndicat CHODAWU, elles parviennent toutefois à se faire davantage entendre : Asteria est l’une des cinq femmes siégeant au sein de l’organe décisionnel du syndicat, composé de 15 membres, et les quatre représentants des travailleurs domestiques au Comité exécutif et à l’Assemblée nationale sont des femmes.

Depuis 2011, CHODAWU, l’ONU et d’autres partenaires ont mis en place un programme d’apprentissage entre pairs qui a débuté avec 50 travailleurs domestiques et s’est depuis développé naturellement pour en compter aujourd’hui plus de 200.

Ce résultat est selon elle très positif, car l’apprentissage entre pairs prend plus facilement de l’ampleur que les formations directes. 1281 travailleuses domestiques supplémentaires ont obtenu des certificats professionnels dans les centres de formation VETA de huit régions de la Tanzanie.

« Le Gouvernement de la République-Unie de Tanzanie reconnaît les travailleurs domestiques depuis de nombreuses années. Nous avons un salaire minimum, mais aussi une stratégie pour les travailleurs domestiques. Le gouvernement a entrepris ces efforts en vue de la ratification de la Convention 189, qui concerne spécifiquement les travailleurs domestiques », a indiqué Asteria Mathias. « Cependant, le principal défi a été l’échec de la société à reconnaître le travail domestique comme un travail légitime, ainsi que les travailleurs domestiques. »

Elle a adressé un message particulier aux jeunes femmes qui souhaitent entrer sur le marché du travail en Tanzanie : travailler dur et choisir une voie basée en fonction de ce qui est réellement bon pour leur avenir et leur famille plutôt que de se contenter de la première opportunité qui se présente.

Le prix de l’absence des femmes à la table des décisions

Cristina Gallach est la directrice exécutive par intérim de Global Women Leaders Voices, une organisation regroupant près de 80 femmes dirigeantes du monde entier.

Elle a commencé sa carrière de journaliste à Barcelone au début des années 1980, à la fin de la dictature en Espagne et au début de sa transition démocratique.

Cristina Gallach a évoqué un « moment mobilisateur » où de nombreux jeunes se sont orientés vers le journalisme, car ils voulaient continuer à faire évoluer la société. En tant que journaliste, elle a rapidement remarqué que les postes de direction et de cadres étaient presque entièrement occupés par des hommes, tandis que les femmes constituaient l’équipe de reporters chargée du travail de terrain.

« En tant que Secrétaire d’État au Ministère des affaires étrangères d’Espagne, avec le Ministre des affaires étrangères, nous avons présenté la première politique étrangère féministe, qui est toujours en vigueur [...] », a-t-elle déclaré. « Cela montre que lorsqu’on occupe un poste à responsabilité, on peut faire évoluer les normes et les environnements. C’est très important. »

A woman with shoulder-length auburn hair smiles gently at the camera, wearing a light blue blazer over a green botanical-print dress featuring illustrated birds and foliage.

Selon Cristina Gallach, pour que les progrès en matière d’égalité entre les femmes et les hommes se poursuivent, il faut déployer des efforts constants, dénoncer la discrimination et tisser des réseaux de soutien, et non se contenter de défendre les acquis existants. © GWL Voices

Alors qu’elle travaillait à l’UE dans l’équipe de politique étrangère et de sécurité il y a environ 20 ans, Cristina Gallach se souvient avoir planifié une mission de sécurité à un point de passage de la frontière entre Israël, Gaza et l’Égypte. Aucune femme n’a été incluse dans l’équipe de planification et, par conséquent, aucune agente de police n’a été déployée à ce poste frontière.

« Lorsqu’il fallait contrôler les femmes qui voulaient traverser, bien sûr, elles devaient être contrôlées par des hommes, et cela n’était pas acceptable. » Nous avons immédiatement identifié cela comme une défaillance majeure dans notre planification, et nous avons dû recruter immédiatement plusieurs femmes policières européennes pour déployer et faire partie d’une présence aussi importante », a-t-elle déclaré. « C’est un exemple très précis montrant que les femmes doivent être à la table des décisions, à tous les niveaux, dans la planification et l’exécution, et certainement dans un environnement aussi spécifique. »

Cristina Gallach attribue son ascension professionnelle aux solides liens qu’elle a tissés avec ses collègues et ses supérieures.

Tout d’abord, lors de son affectation en tant que correspondante à Moscou sous une cheffe rédactrice, pendant ce qu’elle a décrit comme une période exigeante mais formatrice alors que l’Union soviétique s’effondrait.

Ensuite, sous le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon, qui s’est entouré de femmes dirigeantes, elle a dirigé la première stratégie d’égalité des genres au Département de l’information de l’ONU, couvrant à la fois les pratiques du personnel et la manière dont les messages de l’ONU représentaient les questions de genre à l’échelle mondiale.

« À l’UE, j’ai été chargée de mettre en œuvre la stratégie d’égalité des chances au sein du Secrétariat général du Conseil. J’étais tellement fière que nous ayons pu, en seulement quelques années, faire accéder de nombreuses femmes à des postes de direction grâce à des processus de formation et des mesures spécifiques visant à les aider à prendre confiance en elles et à postuler à ces postes », a-t-elle déclaré. « Cette institution accorde désormais une grande importance à la parité dans les postes de direction. »

Cristina Gallach encourage les jeunes femmes qui aspirent à des carrières dans la diplomatie et dans la fonction publique à faire preuve de résilience face aux obstacles structurels, à militer en faveur de lieux de travail sûrs, exempts de violences liées au genre et offrant de véritables garanties en matière de congés parentaux, à se constituer des réseaux de soutien et à rechercher des mentors de qualité parmi les femmes occupant des postes à responsabilité ; et prendre la parole face à une discrimination évidente plutôt que de garder le silence. 

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Nous devons prendre très au sérieux les questions d’égalité des chances et veiller à éliminer les obstacles à l’accès à un travail décent, à un environnement de travail sain et à l’évolution de carrière.

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Cristina Gallach, directrice exécutive par intérim de Global Women Leaders Voices

« Nous vivons une époque compliquée en ce qui concerne les questions d’égalité. Nous avons été confrontés à une vague de réactions hostiles sur de nombreux fronts et ce n’est qu’en gardant ces principes fondamentaux à l’esprit, en nous soutenant mutuellement et en prenant la parole que nous pourrons lutter contre ces réactions hostiles et continuer à aller de l’avant. »