Défendre l’autodétermination et la souveraineté des peuples autochtones : Naomi Watts, Maorie et bénéficiaire du Programme de bourses destinées aux autochtones
01 septembre 2026
« L’autodétermination est inhérente dès la naissance, et nos ancêtres l’ont toujours su. Nos ancêtres étaient souverains, tout comme nous le sommes, tout comme le seront les générations à venir », a déclaré Naomi Watts, défenseuse des droits des peuples autochtones maorie originaire d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande) et bénéficiaire du Programme de bourses destinées aux autochtones 2026 du HCDH.
À la suite de sa participation cette année au Programme de bourses destinées aux autochtones, Naomi a été interviewée sur son point de vue concernant l’autodétermination des peuples autochtones, leur représentation au sein du gouvernement fédéral, et la transformation constitutionnelle en lien avec le rapport « Matike Mai » de 2016.
Naomie Watts est une descendante de la communauté Muaūpoko et de son hapū Ngāti Kuta, et œuvre pour l’autonomie et l’autodétermination collective de son peuple.
Elle occupe les postes de Kaiarataki (conseillère) et de Kaiārahi Tiriti (conseillère en matière de traités) à l’Université Te Kunenga ki Pūrehuroa Massey. Elle détient également un master en leadership autochtone et maori.
“
L’autodétermination est à la fois ce que mes communautés pratiquent et ce à quoi elles aspirent en tant que peuples souverains, Ngāti Tamarangi et Ngāti Kuta. Nous reprenons possession de notre langue, de nos pratiques spirituelles, de nos récits ancestraux, de nos philosophies et de nos épistémologies.
“
Naomi Watts, bénéficiaire maorie du Programme de bourses destinées aux autochtones, 2026
Interrogée sur l’importance de la représentation autochtone au sein du gouvernement, Naomie Watts a cité les documents fondateurs d’Aotearoa (Nouvelle-Zélande), He Whakaputanga o te Rangatiratanga o Nu Tireni (Déclaration d’indépendance de la Nouvelle-Zélande) et Te Tiriti o Waitangi (Traité de Waitangi), qui reconnaissent les mécanismes préexistants de gouvernance autochtones en place avant et lors de l’arrivée des colonisateurs européens.
Elle soutient qu’une transformation constitutionnelle est nécessaire pour garantir la pleine réalisation de l’autodétermination des peuples autochtones.
Naomie a fait référence au rapport « Matike Mai » sur la transformation constitutionnelle, car il est fondé sur la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, et aborde trois sphères de gouvernance : Kāwanatanga (la gouvernance), Rangatiratanga (l’autodétermination) et la sphère relationnelle.
« À travers ces sphères, les mécanismes de gouvernance autochtones et occidentaux bénéficient du même respect, de la même autorité et autonomie, et collaborent en tant que tels. Le processus d’élaboration du plan d’action national pour mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones en Aotearoa, ainsi que le plan lui-même, ne peuvent pas privilégier les systèmes de gouvernance occidentaux ni se limiter à exister uniquement dans des contextes et contraintes occidentaux », a déclaré Naomie.
Les visions de dirigeants tels que feu Moana Jackson, Margaret Mutu et Veronica Tawhai, ainsi que leur collaboration avec les communautés locales, ont donné naissance à « Matike Mai », décrit par Naomie comme une « solution inclusive et pratique qui traite les problèmes à la racine et reflète les aspirations de nos ancêtres pour Aotearoa ».
« Par conséquent, il est de notre responsabilité de veiller à ce qu’il soit mis en œuvre pour nos enfants, tout comme ceux qui nous ont précédés l’ont rêvé pour la génération suivante », a-t-elle ajouté.
Les articles 3 à 5 de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones qui se réfèrent à l’autodétermination, à l’autonomie et à la préservation des institutions culturelles guident Naomie dans chaque rôle qu’elle occupe et dans chaque domaine où elle exerce.
« Je suis mère et tante, je suis reconnaissante de travailler aux côtés de mes équipes Kaiarataki Uepū et Kaiārahi Tiriti sous la direction de ma mentor June Nicklin, je suis une étudiante à vie de ma langue maternelle et des pratiques de mes ancêtres, et je suis une teina (apprenante débutante) dans mes communautés, apprenant de mes tuākana (dirigeants expérimentés) », a déclaré Naomie.
« Tous ces rôles sont motivés par les obligations envers nos générations futures et le droit à leur tino rangatiratanga (autodétermination) », a-t-elle ajouté.
Malgré la sous-représentation des communautés autochtones et le manque de ressources à leur disposition, les whānau, hapū, iwi (familles, communautés et nations autochtones souveraines) favorisent le changement en utilisant leur expertise et leur détermination en vue de la libération collective.
L’impact des communautés et des familles ne peut être sous-estimé, car « grâce à cela, nous avons vu nos ancêtres apporter un nouveau souffle à notre langue et à nos pratiques, et construire des cadres pour une transformation constitutionnelle, afin que nous, leurs descendants, en bénéficions », a affirmé Naomie.
Naomi Watts s’exprimant lors de la session avec le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme pendant le Programme, juillet 2026. © Naomi Watts
Le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones, créé par le Conseil des droits de l’homme en 2007, vise à aider les États Membres à atteindre les objectifs de la Déclaration sur les droits des peuples autochtones.
Naomie a remercié les experts pour avoir confirmé la demande d’informations complémentaires relative à la collaboration des États Membres avec la Nouvelle-Zélande, afin de soutenir un plan d’action national pour mettre en œuvre la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Elle a également encouragé la poursuite de ces échanges lorsque cela est possible, quelle que soit la position de l’État Membre.
Elle a par ailleurs exhorté le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones à réaliser une étude thématique sur la manière dont les cadres de cogouvernance sont mis en œuvre entre les États et les peuples autochtones.
« Le Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones peut exercer une pression à l’échelle mondiale et fournir la supervision technique nécessaire pour pousser le gouvernement au-delà d’une rhétorique superficielle vers une véritable transformation constitutionnelle », a déclaré Naomie.
Selon elle, le fait qu’elle fasse partie du Programme de bourses destinées aux autochtones 2026 a permis à ses communautés de s’engager dans des mécanismes de sensibilisation à l’échelle internationale.
« Ce qui semblait si hors de portée nous paraît maintenant un peu plus accessible, et c’est un système dans lequel nous avons l’intention de rester impliqués », a-t-elle indiqué.
Pour Naomie, qui était complètement novice dans ce domaine, tout semblait être une découverte.
« Cependant, le fait de partager des expériences avec d’autres peuples autochtones a été pour moi une leçon d’humilité et a été très enrichissant », a-t-elle expliqué. « J’ai appris que travailler dans ce domaine à long terme nécessite beaucoup de courage, de résilience, de persévérance, ainsi qu’une bonne connaissance de soi. »
“
Nous sommes conscients des barrières systémiques qui nous empêchent de pratiquer pleinement notre autodétermination, et c’est pour cela que nous continuons nos efforts de plaidoyer. Mes communautés se sont engagées dans ce programme pour renforcer nos capacités en matière de mécanismes de plaidoyer.
“
Naomi Watts, Programme de bourses destinées aux autochtones 2026
Selon Naomie, le Programme de bourses destinées aux autochtones a permis d’accéder aux mécanismes internationaux des Nations Unies relatifs aux droits humains des peuples autochtones et a assuré leur présence et participation cruciales.
Des bénéficiaires du Programme de bourses destinées aux autochtones durant le Programme, juillet 2026. © Naomi Watts
Étant arrivée à Genève pour le Programme de bourses en tant que nouvelle mère avec son enfant, Naomie a trouvé cette expérience intersectionnelle enrichissante et à l’image de l’inclusion des enfants dans tous les domaines de la vie dans sa culture.
“
Dans mes communautés, nos enfants sont présents à toutes les étapes de la vie, y compris dans les contextes de gouvernance. Ils sont encouragés à être présents pour qu’ils y soient préparés, mais aussi car nos enfants sont au centre de nos décisions et de la manière dont nous avançons.
“
Naomi Watts, Programme de bourses destinées aux autochtones
Des bénéficiaires du Programme de bourses destinées aux autochtones durant le Programme, juillet 2026. © Naomi Watts
Avant son arrivée, Naomie était consciente de l’environnement occidental qui diffère de sa communauté autochtone. Elle avait une certaine appréhension à l’idée de rencontrer de la résistance et de devoir changer sa façon d’être en tant qu’autochtone pour participer au programme.
Cependant, à son arrivée en Australie et à Genève, elle a été accueillie chaleureusement par les équipes de coordination, ce qui a facilité sa participation en tant que nouvelle mère. Comme elle l’explique elle-même, « dans presque toutes les circonstances, mon bébé a pu être présent et il a été chéri par les autres bénéficiaires du Programme. »
« Mon bébé a apporté du calme, de la joie et un ancrage, et nous a rappelé que nous œuvrons pour nos enfants, tout comme c’est le cas à la maison », a-t-elle conclu.
Grâce au soutien qu’elle a reçu des autres bénéficiaires, de son mari, d’Anne Martin, de l’équipe du Centre Tjabal et de l’équipe de coordination du HCDH, elle a pu représenter sa communauté dans le cadre du programme et faire avancer les objectifs de cette dernière.
Naomie continuera de défendre l’autodétermination, l’autonomie et la transformation constitutionnelle des peuples autochtones à son retour en Aotearoa, dans le cadre d’un réseau croissant de défenseurs et défenseuses des droits humains à travers le monde.
Le 5 septembre est la première célébration annuelle de la Journée internationale des femmes et des filles autochtones du monde par les Nations Unies, une journée pour soutenir les contributions des femmes et des filles autochtones à leurs communautés et investir dans ce domaine.
L’ONU reconnaît les inégalités structurelles auxquelles les femmes autochtones sont confrontées, y compris la pauvreté, l’analphabétisme, l’accès limité à leurs terres, des soins de santé insuffisants, et la violence fondée sur le genre.
Les femmes autochtones comme Naomie Watts sont essentielles pour faire progresser les droits humains des communautés autochtones, tout en préservant et en perpétuant la culture et les systèmes de gouvernance autochtones.